Wastburg

La comparaison facile de “Wastburg” avec le roman “Gagner la guerre”, alors que les deux n’ont finalement pas tant de points communs, est certes facile à comprendre mais dessert ce joli récit. Un roman infiniment meilleur que tous ces livres prétendument Fantasy, juste bons à incorporer le comique troupier venu d’outre-Atlantique, qui envahissent nos librairies par tombereaux. Oui, “Wastburg” vaut le détour, mérite sa place dans toute bonne bibliothèque où autre P.A.L.(Pile à lire). 


 

Les Moutons Electriques, Bibliothèque voltaique, 2011
Les Moutons Electriques,
Bibliothèque voltaique,
2011

Wastburg n’est pas une ville banale, loin s’en faut. Cette cité franche possède un statut singulier du fait de sa situation politique. Elle incarne le statu quo qui règne entre les deux nations ennemies qui la jouxtent, et abrite en son sein un melting-pot unique où tous les exclus du Waelmat et de Loritanie s’offrent une nouvelle chance. Point névralgique des échanges entre les peuples, doublée d’une cité portuaire, Wastburg s’encanaille volontiers. Populaire et vivante elle nécessite un corps de garde des plus conséquents, ceux que l’on surnomme les “gardoches” ont d’ailleurs une réputation sulfureuse entre brutes et ripoux. Mais même grossière et rudimentaire la maréchaussée, tout comme la prévôté, sont l’image, la colonne vertébrale de cette cité.  

Ni conglomérat de nouvelles, ni récit fix-up, ce roman n’accompagne aucun héros, aucun personnage principal. A travers cette sempiternelle galerie de portrait c’est toujours Wastburg que Cédric Ferrand nous narre. Cette cité médiévale grouillante qui s’accommode bien vite de la perte de ses maîtres Majeers disparus subitement il y a seulement quelques décennies, en même temps que leur magie. Et même si elle reste un peu nostalgique de ces temps glorieux, elle s’est vite forgée une nouvelle image plus populaire, plus crasseuse, qui semble très bien lui convenir, comme si sa nature trop longtemps bridée reprenait enfin le dessus. 

Folio, 2013
Folio,
2013

Cédric Ferrand découd la narration pour nous tricoter une histoire, où plutôt un roman intriguant. Ici chaque chapitre rompt tout lien avec le précédent dans un procédé qui a souvent fait ses preuves, notamment en préambule à des romans colossaux. Avec “Wastburg”, où le récit est plutôt court, il faut avouer que cela déroute un petit peu. Cela fait merveille au début de la lecture et si je me suis ensuite un peu impatienté à la fin de certains de ces chapitres, c’est pour finalement et sans m’en rendre compte tant le procédé devient transparent, prendre toute la mesure de cette narration. Car la galerie de personnages qui peuplent le roman ainsi que les rues de la cité, a décidément beaucoup de chien. Crapules, gardes, bourgeois, tous se rejoignent dans des portraits hauts en couleurs, le tout souligné par ce ton délibérément crasseux. 

Le parti pris gouailleux de Ferrand est assurément la marque de fabrique de “Wastburg”, son aspect le plus réussi. Du vocabulaire à la mise en forme, Cédric Ferrand se donne les moyens d’asséner cette ambiance fort peu reluisante, douteuse, immorale voir même fétide. En jouant autant de ce vocabulaire fleuri, de cet argot il accentue le trait. En fait-il trop ? Oui bien sûr, il fait dans l’outrance et pourtant en affichant une telle constance, il nous ballade. Nous voilà englués dans cette atmosphère populaire, les bas-fonds nous collent à la peau et la roublardise accède à ses lettres de noblesse.  


 

Original et truculent, ce premier roman de Cédric Ferrand annonçait dès sa parution un sacré potentiel et son ton imagé, pouilleux, apporte un petit quelque chose de jouissif à un ensemble déjà fort bien réussit. Alors oui je souscris, car même lorsqu’elle comporte quelques défauts voici le genre de lecture qui réveille en moi la fibre fantasy.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Belle chronique. Je crois me souvenir que les avis avaient été partagés, ce qui me parait compréhensible vu ce que tu en dis. Il faudrait que je le lise pour me faire mon idée, d’autant plus que j’ai bien aimé « Sovok » de l’auteur. ^^
    Par contre, cela reste une sorte de fix-up, non ?

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