Thinking Eternity

Pour son deuxième roman Raphaël Granier de Cassagnac revient sur l’univers de « Eternity incorporated », son sympathique premier roman sous la forme d’un préquel. Un antépisode qui nous ramène bien des générations avant ce précédent récit, et qui possède toutes les qualités pour rasséréner tous ceux qui -comme moi- trouvent l’exercice souvent fade voir même insignifiant.


Thinking Eternity, Hélios, 2016
Thinking Eternity,
Hélios,
2016

Adrian Eckard est un miraculé. Un instinct de survie plus fort? une pugnacité plus enracinée? ou une chance supérieure? Quoi qu’il en soit il fait partie de la poignée de survivants des terribles attentats qui frappèrent les grandes villes et leurs métros. Attentats simultanés, biologiques, et finalement jamais élucidés qui plongent Adrian dans une profonde perplexité face à ce monde qui est le sien. Blessé dans sa chair mais surtout dans son âme, il ne pourra jamais reprendre sa vie d’avant et lors d’un voyage en Afrique découvrira le besoin de rationalité de ses contemporains. Lui, le scientifique va apporter la logique cartésienne à des populations en attente, déclenchant par là même un phénomène nouveau. Un mouvement de pensée populaire et global qu’il ne maitrisera jamais totalement : le Thinking. Parallèlement à sa nouvelle vie, sa sœur Diane, elle, se retrouve propulsée scientifique star de la célèbre société Eternity inc. L’organisation philanthropique et tentaculaire qui affiche un altruisme et une volonté sans faille pour la survie de l’humain. Diane y mène dans un secret ténébreux d’importants travaux sur l’intelligence augmentée. Des travaux confidentiels, mais qui semblent prendre tout leur sens dans ce monde qui déchaine chaque jour un peu plus les passions autour du Thinking.

Thinking Eternity, Mnémos, 2014
Thinking Eternity,
Mnémos,
2014

On peut noter de suite que pour un antépisode, celui-ci, est en rupture franche avec le récit qu’il anticipe. Une rupture évidente, entre le premier Opus qui prenait corps longtemps après l’avènement du virus et de l’apocalypse qui s’en suivit, et celui-ci qui intervient dans un avenir proche. Oubliant l’utopie protectrice de la bulle qui sert de théâtre à Eternity incorporated, nous voici dans un futur beaucoup plus proche du nôtre. Un futur où les mailles de l’Histoire qui restent inconnues, semblent bien faciles à imaginer. Technologie et échiquier politique international y sont des extrapolations tout à fait crédibles. Les dérives des croyances et des convictions ont, elles, des accents de vérité qui font frémir. Après le scénario post-apocalyptique, il s’agit cette fois-ci d’un roman d’anticipation avec pour seul lien visible cette mystérieuse société : Eternity inc. En somme ce prequel s’affranchit de son ainé et redistribue totalement les cartes : il s’émancipe pour nous enseigner la genèse de cet univers. Une genèse passionnante qui s’étale sous nos yeux dans un roman dynamique, captivant, rehaussé par un questionnement adroit et clairvoyant sur les humanités futures.
Fort de ses qualités narratives, le roman soulève des questions qu’il traite avec suffisamment d’adresse pour ne jamais quitter la sphère romanesque. Là encore Raphaël Granier de Cassagnac enfonce le clou et clarifie les thèmes qui étaient sous-jacents dans le premier roman. Le transhumanisme et l’humanité augmentée sont désormais au cœur même de l’intrigue. Cela soulève aussi quelques questions de société comme par exemple le cynisme des multinationales.
Toutefois si « Thinking Eternity » à des accents critiques il n’en reste pas moins une aventure romanesque, qui s’immerge abondamment dans le page turner. Mieux encore, l’écriture a encore muri au profit de ce surprenant suspense qui nous tient remarquablement en haleine alors que nous connaissons déjà l’issue. Le procédé narratif lui aussi présent dans le précédent opus gagne en puissance: l’alternance des points de vue, tel une mécanique de précision se donne des allures de thriller.


En tous points meilleur à son ainé, ce roman donne tout son sens à l’exercice du prequel par les choix de son auteur. Une belle réussite, un roman prenant, un brin réflexif et surtout formidablement mené : un divertissement très abouti. Bref on en redemande.

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