Sous la colline

Le Corbusier aurait-il conçu la cité radieuse de Marseille sur un délire mystique, tout droit tiré de ses croyances de la mythologie grecque? Le mystère reste entier.

David Calvo nous livre sa réponse teintée de fantasmes oniriques dans ce Sous la colline, roman fantastique et fantasque sur fond de l’enquête sur l’unité d’habitation tout simplement unique.


sous la collline-couverture.inddMarseille 2012. L’incendie qui frappa le Corbu cet hiver là déclencha tout le reste : quelques jours après, Colline qui était de garde ce soir là à l’INRAP -Institut National de Recherches Archéologiques Préventives-, répondit à un appel et se précipita à Marseille pour y découvrir dans un entresol du Corbusier une salle jusqu’alors inconnue, un mausolée, un sanctuaire. Et c’est là, alors qu’elle foulait pour la première fois l’improbable lieu, qu’elle fut sauvagement agressée par son guide, Toufik faux gardien de l’immeuble, mais véritable auteur de l’appel fatidique.

Quelques mois ont passé et Colline sort de sa convalescence traumatisée, obnubilée par les reliques qu’elle découvrit ce soir là, hypnotisée par des boucles d’oreilles antiques d’origine improbable. Mais aussi sans emploi, licenciée pour sa déplorable intervention cette nuit là. Colline n’est plus archéologue et ne doit plus approcher du chantier des fouilles. Qu’à cela ne tienne elle va réussir à se faire adopter par les habitants et mener son enquête de l’intérieur. Une troublante enquête sur la vie de l’architecte star lors de ses séjours à Marseille, de sa fascination pour les mythes grecs.

Mais rien n’est jamais assez simple et très vite s’entremêlent quête d’identité, enquête mystique et mystère de voisinage.

Dans cette quête phocéenne, Calvo fait du cumul, tout est bon pour perdre encore un peu plus Colline et le lecteur : du fantasme à l’onirique entremêlé de symbolique. Telle la soupe au pistou il réunit tout dans sa marmite et telle la tambouille phocéenne, seuls les meilleurs réussissent l’exercice.


L’écriture et la narration se démarquent elles aussi. Calvo semble en faire trop, semble se perdre dans des digressions historico-mythologiques, voir quasi métaphysiques, joue avec les styles passant du prosaïque au fleuri, voir alambiqué, pour retomber tel un chat sur ses pattes, au plus terre à terre des styles : le parlé. Mais c’est pour mieux se jouer de son lecteur qui, impuissant, subit les assauts et accélère page après page : le lecteur tout entier se tend impatient vers l’issue. Issue salvatrice et frustrante qui apporte la délivrance.

Pouvait-on faire plus bel hommage au génie du Corbu?