Points chauds

Cette fois, pas de grande fresque épique, pas d’épopée galactique ou de planète imaginée avec la précision d’un horloger suisse, cette fois, et malgré la profusion d’aliens sur terre, il s’agit sous la plume de Laurent Genefort, d’un roman ouvertement terre à terre qui s’en être réaliste, est incroyablement lucide.


Points Chauds de Laurent Genefort
Le Belial,
2012

Attendue, fantasmée autant que redoutée, la rencontre avec les mondes extraterrestres pris une forme complètement inattendue au mois de septembre 2019, quand apparurent dans le ciel au-dessus des océans deux objets inconnus, improbables, rapidement nommés des « Bouches ». Tout ce qui sortit de ces deux artefacts se noya d’abord dans la mer, laissant finalement un peu de temps à l’humanité pour encaisser le choc et se préparer, si tant est que cela soit possible, à la vague suivante. Ces bouches, en effet, surgirent de plus en plus nombreuses, permettant chacune l’arrivée d’un échantillon d’extraterrestres, toujours en nombre limité et d’une race d’alien différente. Dévoilant deux choses simultanément : D’une part, toutes les études menées ne pouvaient nous apprendre que peu de choses ; d’autre part, à chaque bouche permettant le débarquement en correspondait une pour le départ, réduisant la terre à un lieu de transit, à peine mieux qu’un terminal d’aéroport. Et si l’on comprit vite qu’aucune invasion armée ne pouvait découler de tous ces flux intergalactiques, l’inconnu, le mystère, le manque de repères firent naître toutes les inquiétudes, les peurs autant que les espoirs. Des nations s’armèrent d’arsenal juridique et militaire pendant que d’autres au contraire s’appliquèrent à accueillir les nouveaux arrivants. Imposant rapidement la création d’une force armée spécialisée dans l’accompagnement, qui protégerait finalement autant les aliens que les humains.

Points Chauds de Laurent Genefort
Le Livre de Poche,
2014

En une série de chapitres disparates apparaissent devant nous quelques protagonistes de ces hétéroclites relations entre les races. A la fois chroniques humaines et chroniques sociales, sans liens entre elles, qui nous permettent d’entrevoir l’histoire de cette conquête spatiale où l’humanité ne joue aucun rôle, même pas celui de passeur. Pétrie dans ses contradictions, l’humanité n’est qu’un observateur apathique. Laurent Genefort possède un talent pour croquer, mettre en exergue les traits, les caractéristiques comme les défauts, de l’homme. L’humanisme chevauche allègrement la bassesse, mais ce qui marque à la lecture, c’est l’immense facilité de l’auteur. Que ce soit pour mener l’histoire en dépit de ce choix si particulier de narration ou que ce soit pour susciter cette tonalité lucide et demeurer le fantastique conteur que l’on connait, Genefort fait, comme toujours, montre d’une réussite discrète et cependant implacable. Un art maitrisé de bout en bout, une brillante démonstration de l’immense talent de cet auteur qui dispense au lecteur conquit un plaisir singulier et tenace.

C’est d’ailleurs avec délice que l’on retrouve tant de similitudes dans le roman « Lum’en » sorti trois ans plus tard. On y reconnait les procédés employés ici. Cependant les liens entre les deux récits de sont pas que dans la forme, mais sont aussi et à commencer par leurs origines : deux nouvelles dont chacune donnera naissance à l’un des deux romans. Et bien que les deux intrigues n’aient rien de commun entre elles, elles « fourmillent » de mimétisme. Foisonnants, dopés à l’ingéniosité, ces textes prouvent que l’imagination de Genefort, même dans ce récit plus concret, reste la composante majeure de son travail (la preuve est, s’il en fallait une de plus, ce guide « bonus » grouillant d’idées et de détails) qui, associée à cette plume redoutable, peut pour chaque récit produire cette étincelle en plus.


Quoi de plus évident qu’un flux migratoire à grande échelle pour exacerber toutes sortes de tensions. L’actualité nous en fait si souvent la démonstration, néanmoins il faut un grand romancier pour en extraire avec une telle véhémence les accents acerbes. « Points chauds » est incontestablement un texte qui, comme souvent avec Laurent Genefort, pousse à la réflexion, un texte accommodé à la sauce ludique et qui remplit supérieurement son office.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Aha! Celui-ci je suis bien contente de l’avoir dans ma PAL!!!
    Trés belle chronique et j’ime beaucoup la relation que tu fais avec Lum’en. je verrai si lire Point Chaud après procure les mêmes connections.

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