Nous allons tous très bien, merci

Lorsque mon choix s’est porté sur « Nous allons très bien, merci« , mes seuls critères de sélection furent la couverture, la taille et aussi –beaucoup- l’éditeur. Je n’avais ni lu la quatrième de couverture ni même pris le temps de m’intéresser davantage à son auteur. Est-ce la raison du sentiment si contradictoire que j’ai éprouvé une fois ce livre refermé ???


Le Belial', 2015
Le Belial’,
2015

Le Dr Jan Sayer vient de créer un groupe qu’elle a personnellement sélectionné, composé de quelques individus triés sur le volet auxquels elle réserve une psychanalyse collective toute particulière. Harrison, Barbara, Stan, Martin MARTIN ainsi que la jeune Greta sont des rescapés, tous ont une histoire des plus dingues, tous sont les survivants de véritables monstres. Face à ces personnalités fort différentes, le docteur Sayer s’avère une thérapeute bien peu directive lors des séances, mais n’aurait-elle pas une idée derrière la tête que seul ce groupe précisément pourrait satisfaire ?
Alors que le déroulement de cette analyse pour freaks dévoile allégrement au travers de leurs récits, les personnalités ou les univers que chaque membre s’est aménagé dans son retour au quotidien, il lève aussi le voile qui subsistait sur le véritable mal. Une horreur incontournable qu’ils doivent désormais affronter ensemble.

Après la rencontre avec les personnalités déjà caricaturales de chaque protagoniste, le récit prend une tournure définitivement grandguignolesque à l’approche de sa conclusion. Si cet aspect colle volontiers au canon du genre horreur/ fantastique qui fleurte si facilement avec la série Z, il n’en est pas moins surprenant ici, au vu de la précision, de la qualité de la mise en abime imaginée par Daril Gregory. Cela laisse même supposer que seuls les initiés ou les fans du genre peuvent s’y retrouver, le récit révèle pourtant d’autres qualités assez bluffantes. Moi-même qui ne suis pas plus que cela adepte des récits de Zombies ou autres monstres décidés à conquérir notre monde, j’aurais peut-être pu décrocher avant la fin. Mais voilà, en plus d’être très court et d’une concision impressionnante, le montage est astucieux et la découverte des différents personnages est juste méchamment prenante.

Pocket, 2017
Pocket,
2017

L’immersion dans la thérapie, dans les détails de chaque histoire, puis lorsque l’on s’attaque à leurs caractères, même fortement teintée de clichés, est un petit délice. Assaisonnée à souhait, cette partie est bien plus qu’une introduction, c’est même la section la plus longue de ce très court roman.
Alors pourquoi la fin est-elle si banalement fade ? Et bien justement parce qu’elle suit un schéma préétabli par les codes du genre, qu’elle ne peut par conséquent reconduire le schéma appliqué à la première partie de présentation.

 


Inutile d’entretenir le moindre suspense face à ce roman que je rangerai dans la catégorie des agréables romans de genre, avec d’autant moins de scrupules que l’auteur semble l’assumer plutôt sereinement. Cela n’enlève rien à la virtuosité de Daryl Gregory car si « Nous allons très bien, merci » ne soulève pas mon enthousiasme, il obtient ma sympathie et je me fais fort de scruter dorénavant tous ses écrits. Gageons que je serais enchanté de retrouver sa talentueuse plume sous de meilleurs hospices.

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