Notre île sombre

Voici la réécriture plus mure et plus aboutie du premier roman de Christopher Priest. Un véritable scénario catastrophe œuvrant aux antipodes des écueils du genre aseptisé que le cinéma en a fait. Notre île sombre est un roman coup de poing qui nous prend au tripes. Magnifiquement ténébreux, voir sordide, sa lecture ne laisse jamais intact.
L’invraisemblable déchéance d’une civilisation anglaise dirigée par les néo-raciste face à une vague massive d’immigration prends, avec Priest, des accents de réalisme confondant.


 

NotreIleSombreLes sombres tribulations d’Alan Whitman dans la guerre civile où sombre une Angleterre terrassée par une immigration africaine de masse. Entre les Loyalistes, les Afrims, les Sécessionnistes ou même les ONG, la confusion règne et le chaos s’étend à toute l’île, se généralise à toutes les populations. D’autant qu’entre propagande et terreur, impossible de déchiffrer les actions menées par les différentes factions. Encore plus utopique d’y déceler un quelconque avenir. Alan qui ne s’est jamais affirmé, jamais illustré, et qui n’a jamais brillé que par son attentisme, va devoir composer pour tenter de survivre, lui et sa famille.

Loin d’être un parangon de vertu, ce modeste professeur végète depuis toujours. Il fuit sa vie conjugale dans les bras de maîtresses. Par lâcheté il a toujours peiné à s’assumer alors, pour ce qui est de ses idées ou idéaux… Alors quand la situation dégénère il se le laisse rattraper par le drame et se retrouve chassé de chez lui, obligé de mener sa famille hors de la ville. Le pays a déjà sombré dans une guerre civile opaque et confuse. Acculée sans ressources suffisantes dans ce chaos, la petite famille va errer dans la campagne échappant au mieux aux combats, aux pillards, aux force de l’ordre. Dans des campements de fortune en pleine forêt ou dans les granges abandonnée, le clan familial subsiste. Mais l’horreur de la guerre civile finira bien par les rattraper et va les séparer de force. L’instinct du père de famille va-t-il donner à Alan les ressources pour récupérer sa fille. Aura -t il la hardiesse et la résistance nécessaires pour reprendre sa famille aux Afrim, alors même que le moindre geste héroïque ne peut que se traduire par un suicide.


Ici il ne s’agit nullement d’une charge écologique encore moins politique et ce malgré les apparences premières ( et les habitudes de ce genre de récit), mais bien une aventure humaine. Les travers de la condition humaine. Car ici c’est l’amour filial qui entre en compte et non le contexte politique: Alan à la découverte du soi. Le récit possède le talent de Christopher Priest qui de bout en bout marque le récit de sa maîtrise. En nous narrant trois périodes distinctes de la vie d’Alan dans un habile enchevêtrement des récits, il joue autant avec le curseur de son histoire qu’avec nos angoisses. Whitman toujours plus seul, toujours plus torturé engage sa survie à chaque instant.
Roman mineur dans l’oeuvre de Priest, notre île sombre est bien un Priest et jouit de ces incroyables dons, la fluidité d’écriture un ton et un style qui réussit l’exploit de rendre un roman aux allures quelconques, addictif et obsédant.