Mes vrais enfants

Dernier rejeton de la britannique Jo Walton « Mes vrais enfants« , roman limpide, réinterprète le XXème siècle féministe à travers une double fresque humaine. Deux vies d’une même femme, déterminées par un choix, point de départ de deux voies diamétralement opposées.

Les péripéties d’une féministe, professeur de littérature, la saga d’une mère de famille, d’une battante, dans l’Angleterre de l’après-guerre engendrent un roman resplendissant et passionnant.


VraisEnfants
Denoël, lunes d’encre, 2017

Dans la chambre de sa maison de retraite Patricia Cowan dépérit, sa santé défaillante, et surtout sa mémoire capricieuse la minent. Ce ne sont pas les souvenirs de sa jeunesse, de sa mère ou de ses études qui posent problème, mais l’époque de ses maternités et de son couple : en fait tout le reste de sa vie. Ces souvenirs capricieux se dédoublent, laissant spéculer sur sa sénilité. Ils lui reviennent au gré de deux scénarios: tantôt elle a trois enfants tantôt quatre. Tantôt son mari Mark est le père de ses enfants; tantôt elle les a faits avec la complicité de son amante Bee.

En reprenant le fil de son histoire, on découvre que Patricia a deux destins, qu’à peine ses études à Oxford terminées, la jeune femme, s’est vue confronté au plus difficile choix de sa vie: épouser en urgence Mark ou rompre ses fiançailles. Choix inexorable et définitif.

Dès lors les deux versions de Patricia: d’un côté Tricia qui accepte, de l’autre Pat qui refuse, vont s’alterner en un récit lumineux et fluide. Un récit doucement fantastique qui puise toute sa puissance dans la personnalité de son héroïne. Un récit où chaque version se teinte d’uchronie quand la grande histoire varie elle aussi selon deux cours distincts. Uchronie qui souligne un peu plus l’importance du choix. On redécouvre alors sous le prisme de ces deux annales un panorama des luttes sociales de l’après-guerre à la fin du siècle. Fort de son écrin, cette chronique humaine, féministe et pacifiste illumine le texte foncièrement poignant.

C’est sous de faux airs de récit romantique que commence cette double histoire qui petit à petit enfle, devient tangible, tragique, pour s’achever au terme d’une apogée dramatique. Constante et efficace la prose de Walton transcende ce roman fantastique et sur un ton nostalgique, magnifie ces souvenirs perdus. Alors que le cours du récit, lui, reste habilement inattendu et déroutant.

Avec Mes vrais enfants, Jo Walton outrepasse les étiquettes, abolit les frontières entre littérature et fantastique, un peu à l’image de son compatriote Christopher Priest. Or cette littérature qu’elle aime tant, (comme dans son premier roman Morweena, les références sont nombreuses) pourrait bien lui fournir le lectorat nécessaire pour faire de ce roman un best-seller entièrement justifié.

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