Lum’en

Alors même que la carrière de Laurent Genefort est déjà remplie de romans et même de prix, c’est ce texte si court et un brin atypique qui rafle tous les prix de l’année 2016 -Julia Verlanger 2015, grand prix de l’imaginaire 2016 et Rosny Aîné 2016-. Car en effet, qui connaît Laurent Genefort pour son côté romanesque ou son monde opéra Omale ne peut être que surpris par Lum’en.
La structure non linéaire de ce roman fix-up, ce conglomérat de récits qui s’enchaînent aurait facilement pu tourner au cauchemar, mais voilà, le talent est là.


Le bélial, 2015
Le bélial,
2015

Lorsque les humains décident de coloniser la lointaine planète Garance, celle-ci héberge déjà depuis des millénaires Lum’en, une intelligence supérieure exilée, punie par ses paires et prisonnière d’un caisson dont elle ne peut sortir. Financée par les multinationales, cette colonisation, comme pour chaque planète colonisée, doit rapidement rapporter au centuple. Ce retour sur investissement, à la logique toute capitaliste, engendre bien des hoquets dans l’histoire de l’expansion humaine. Et même une implantation réussie, ou la découverte de ressources exploitables ne garantit aucunement la pérennité d’une colonie. Garance n’échappe pas à cette règle : les tensions, les difficultés auront raison de la patience de la multinationale et seulement quelques décennies après l’arrivée des premiers colons Garance sera évacuée et abandonnée.

En seulement six courtes parties se déroule sous nos yeux l’évolution de cette colonie Garancienne: six tranches de vie sans liens directs, et entre chaque, tel le substrat de l’histoire un intermède centré sur Lum’en. Intermède qui semble à la lecture le seul ciment du roman : sauf cette intelligence, pas de héros, pas de personnage récurrent. Genefort nous assène à chaque nouvelle partie narrative, « Ne vous attachez pas, mon propos n’est pas là ». Tenez-vous le pour dit car décidément Genefort ne va pas là où on l’attend.

Difficile à appréhender au cours de la lecture, la majeure partie de la réussite tient dans la conclusion, qui d’ailleurs ne semble pas en être une. Mais si vous n’avez pas décroché en cours de lecture elle vous saute aux yeux. Genefort a, en effet, travaillé sans filet: le côté fix-up ne rend pas la compréhension évidente. Alors que chaque chapitre raconte sa propre histoire, le roman en raconte une autre que l’on pourrait percevoir mais qui ne se concrétise que quand la lecture s’achève.

lgf, 2016
lgf,
2016

Un roman rapide qui semble ne jamais prendre et qui pourtant se révèle épatant. Insensible à l’ennui qui point parfois et l’absence romanesque, l’auteur suit son but. Même si certains ont battu en retraite, pour tous ceux qui restent il livre l’un des meilleurs fix-up. Il joue au maximum avec ce principe de conglomérat littéraire. Chaque historiette est unique, et réussit à s’intégrer formidablement au tout. L’écriture œuvrant parfaitement à une lecture fluide et agréable. Habilement elle fixe l’adhésion du lecteur désireux de percevoir l’issue.

Un emboîtement discret de toutes les sections nous mène vers une conclusion que Laurent Genefort ne fait que nous suggérer. Parle t-il vraiment de Garance? La colonisation est-elle vraiment son propos?

Par Ceridwen — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17360871Laurent GENEFORT

 

Auteur prolifique français né en 1968, Laurent Genefort se fait découvrir dans la mythique collection Anticipation. Depuis celui qui fit sa thèse sur le monde opéra de Wull: Nô, ne cesse de développer ses univers : Omale bien sûr, mais aussi celui des portes Vangkt.

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