Lovestar

A la fois rapide et facile à lire, « LoveStar » est une dystopie moderne qui ne manque pas de piquant. Car de cette lecture enjouée et engageante émerge une féroce critique de notre société désormais bien trop modelée par les géants du net.


 

j'ai lu, 2017
j’ai lu,
2017

C’est à la suite de plusieurs incidents qui marquèrent l’opinion que, sous la houlette d’un boss aussi lumineusement astucieux que mégalomane, une poignée de scientifiques islandais vont faire une découverte majeure et mettre en évidence les ondes naturelles qui dirigent les êtres vivants. En effet, les dérèglements d’insectes et d’oiseaux migrateurs connus pour leurs incroyables capacités de géolocalisation vont lancer de nouvelles pistes de recherche et permettre de percer l’un des derniers mystères du monde animal. Et si l’invasion de Paris par toutes les communautés de sternes ou la fuite des papillons monarque vers le pôle Nord ont permis ces découvertes, Lovestar et ses équipes de chercheurs vont aller beaucoup plus loin et mettre au point une formidable évolution technologique, provoquer la libéralisation du « tout connecté » et l’abolition des fils pour, au final, engendrer l’avènement d’une société dirigée par les délires fous et ambitieux de Lovestar. LoveMort, InLove, Regret : autant de projets universels qui vont simplifier la vie de toute l’humanité mais aussi l’aseptiser et ternir les utopies du savant fou.
L’inévitable grain de sable qui promet de tout chambouler : une histoire d’amour, bien sûr. Cependant, Andri Snær Magnason n’est pas très respectueux des codes classiques et il aime jouer avec les attentes de son lecteur, il se délecte à chambouler histoire et narration dans un savant n’importe quoi.

Zulma, 2015
Zulma,
2015

Bien plus qu’un roman drôle, jouant sur l’absurde, « LoveStar » est un récit cynique, leste d’une arrogance choisie et audacieuse, qui condamne ouvertement l’homme et les sociétés humaines, surtout celles qui nous ont amenés à l’ère numérique et connectée. Néanmoins si « LoveStar » s’inscrit dans cette tradition de dystopie critique, politiquement engagée, il se distingue par contre franchement par son ton. Son côté peu réaliste et sa démesure en font un récit ouvertement drôle et romanesque, où la condamnation de cette contre-utopie ne vient que par couches successives, discrètes, mais qui marquent le subconscient et laissent à la clôture du roman cette impression de réquisitoire.

Roman nerveux, à la narration volontairement décousue pour laisser les intrigues infuser plus longuement dans l’esprit du lecteur, jouissant d’une écriture fluide, concise et pétillante, « Lovestar » est mathématiquement une très belle dystopie. Un roman à lire ! Le grand prix de l’imaginaire vient couronner un ouvrage méritant, moderne, qui possède un vrai coté populaire susceptible de plaire au plus grand nombre. A titre personnel, je n’ai qu’un unique regret : celui d’une maitrise encore plus grande dans l’enchainement des passages du récit. Nécessaires à la mise en place de l’intrigue ces nombreux changements ont tout de même un peu saccadé ma lecture.


 

Au-delà du plaisir réellement facile, du côté génialement foutraque de ce récit volontairement déconcertant ainsi que de cette dystopie moderne et marquante, Lovestar est un roman d’une actualité vraiment surprenante. Ecrit avant 2002, cette vision avant l’heure d’un monde toujours connecté a des accents saisissant de vérité. Et si une telle perception n’a rien de très étonnant de la part de cet essayiste, elle n’en donne pas moins un côté quasi-indispensable au roman.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. J’ai pris grand plaisir à lire ce roman, pour les mêmes raisons que toi : un texte décalé, hilarant par l’absurde, cynique, et profondément réaliste sur le monde dans lequel nous vivons et nous enfonçons de plus en plus. Il m’avait époustouflé.

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