Les papillons géomètres

« Les papillons géomètres » est un roman facétieux, tant par sa narration qui ne cesse de zigzaguer que par son écriture amphigourique. Le moteur d’un charme certain, qui anime ce petit roman.


Les moutons électriques, 2017
Les moutons électriques,
2017

Son auteur un brin fantasque, nous invite ici à suivre les pérégrinations d’une médium et d’un esprit perdu, une union incongrue, au cours d’une enquête qui touche les deux mondes: celui des vivants et celui des ombres. Un imprimeur et l’esprit de sa femme disparue, amants séparés par la mort, avaient pris l’habitude de se retrouver par l’entremise de Mary-Gaëtane et de son don. Mais l’absence inexplicable de la défunte lors de leur rendez vous anniversaire fut inévitablement suivit de la disparition de notre amoureux éploré. La délicate cohabitation des deux mondes pimente ce synopsis à la simplicité absolue. Et, comme l’annonce la quatrième de couverture, cette ‘Fantasy spirit’, cette enquête fantastique, suit la téméraire et aventurière médium, ainsi que son chimérique et providentiel comparse dans le Londres laborieux de l’époque Victorienne. Christine Luce nous conte une petite fable aux atours charmants et intrigants.
Avec un plaisir malicieux, l’auteur nous plonge d’entrée dans une narration dense et un univers singulier et plaisant. Le contexte historique de ce récit suranné a de somptueux accents gothiques et colle à merveille à ce tableau ésotérique. A l’image des papillons de nuit dont le roman a pris le nom, les personnages ont un parcours erratique qui enrichit l’ambiance mystérieuse.

Christine Luce qui joue un beau numéro d’équilibriste retombe sur ces pattes avec aisance, du moins au début, car rapidement le fourmillement de petits événements et l’écriture frénétique viennent assombrir le roman. Cette impression d’abord fugace, devient de plus en plus présente. Luce possède une grande maitrise de l’écriture, un vocabulaire profus des idées en pagailles, une faconde surprenante. Si son verbiage est rarement stérile, il s’avère cependant de plus en plus indigeste la lecture avançant. Et ce roman qui s’annonçait comme une belle réussite s’achève péniblement.
L’histoire pourtant sympathique, souffre des procédés prolixes et dans une moindre mesure, d’un manque de consistance. Tantôt fulgurante, tantôt pesante voir confuse, la langue alambiquée de Christine Luce ne demande pourtant qu’à nous émerveiller et ses habitudes d’écriture pourraient encore s’alléger d’adjectifs systématiques.


Au final l’excellente première impression ne réussit pas à cristalliser et le roman souffre réellement de toutes ces petites maladresses. L’issue de cette lecture en est fortement impactée et la déception domine. L’intérêt et la curiosité suscités par la délicatesse et l’amabilité au début du roman ne se diffusent malheureusement pas au-delà de l’ambiance. Alors en attendant d’autres romans de Christine Luce qui corrigent le tir, je reste sur un avis des plus mitigés.

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