Les opéras de l’espace

Sous ce titre clin d’œil en forme d’hommage au sous-genre homonyme de la sf se cache un roman réjouissant. La quête personnelle d’un héros déchu prend, sous la plume de Laurent Genefort, une dimension épique: une histoire inventive, une lecture réjouissante.
Si les opéras de l’espace s’intercale dans la série des romans sur la « panstructure », c’est bien une histoire qui se suffit à elle même. Plus encore, considérons la comme le One-Shot qu’elle est véritablement tant les liens sont faibles. Voici donc la pièce aboutie de ce grand créateur d’univers.


 

OperasEspaceAlors même qu’il bénéficiait d’une glorieuse réputation à travers tous les mondes, l’incroyable ténor Axelkahn, perd sa voix. La faillite/ défaillance de ses implants vocaux obtenus auprès des Yuwehs fait vaciller son statut. Mais les Yuwehs sont des êtres mystérieux qui ne se manifestent à vous que s’ils le désirent, et restent quasi impossible à contacter. Les coûteuses tentatives de retrouver les créateurs de sa miraculeuse voix, et son déraisonnable train de vie vont avoir raison de sa fortune.

Sous cette ouverture dramatique couve un programme tragique.
C’est donc ruiné avec pour tout espoir, une vielle légende disant qu’un Yuwehs vivrait seul et oublié sur les Bulbes Griffith, que commence la véritable aventure d’Axelkahn. D’autant qu’à peine débarqué du vaisseau de pèlerins auprès desquels il obtint laborieusement une place, ses compagnons l’abandonnent sur l’incroyable artefact que sont les Bulbes. D’origine inconnue, sûrement Wankg, ce monde apparenté à une planète, se situe aux antipodes de ce que notre chanteur a toujours connu. Ici tout est si hostile que la population est laborieuse, détachée des plaisirs et obnubilée par ses besoins primaire. Les villes sont des nacelles suspendues et les transports se font dans des véhicules de fortune suspendus à des filins. La chute mortelle guette sans cesse.
Diva avant tout, cet homme hautain, précieux et habitué au luxe aurait pu, aurait dû échouer, mais c’est sans compter sur son inébranlable volonté de recouvrir sa voix. Trouvant en lui les ressources pour faire ici la seule chose qu’il ait jamais su faire : de l’Opéra. Et face à une méfiance permanente, il ne peut s’entourer que des parias, créant ainsi une troupe hétéroclite, surprenante: la compagnie du fou. Un accord dissonant qu’il orchestre en chef inattendu. Clopin-clopant, il mène sa barque les conduisant vers son but.


 

Sous ses allures d’opérette ce roman cache une partition bien huilée. Inventif dans la mise place d’un environnement ingrat, théâtre de l’action, l’auteur confectionne une dramaturgie remarquable, rendant le lecteur impatient, attentif au moindre détail qui fera tout basculer dans une chute vertigineuse. l’intrigante aventure mène son héros au bout de lui-même.

Univers riche, narration soutenue et écriture soignée s’accordent en un aria subtil sous la baguette d’un Laurent Genefort qui maîtrise son art. Depuis ses débuts chez Fleuve noir, il publie nombre de romans dans l’univers des Portes Wankgs. Omale aujourd’hui, la mécanique du talion hier, les opéras de l’espace auparavant et d’autres encore. La récente parution en poche et chez Folio des intégrales D’Omale , fut précédée de la réédition du roman qui nous intéresse ici. La lecture de ce prédécesseur méconnu ne se boude pas, tant elle procure un plaisir réel et un souvenir tenace.