Les menhirs de glace

Le nom de Kim Stanley Robinson évoque de suite sa trilogie martienne connue et reconnue comme le modèle de hard fiction, la science fiction scientifiquement plausible -ou plus sûrement : scientifiquement inspirée-…Pourtant Robinson c’est aussi un style, une écriture où l’érudition travaille, autant à porter l’histoire, qu’à donner la tonalité juste au récit.
Avec « Les menhirs de glace » oubliez tous les page-turners et concentrez-vous, juste un brin, puis délectez-vous d’un roman réflexif sur la falsification de la mémoire.


menhirsglaceCe Roman fix-up est composé des trois journaux de trois grands scientifiques qui émaillent le 3ème millénaire. Tous trois traitent de près la fuite supposée d’un groupe d’idéalistes du système solaire.
En préambule celui d’Emma Stone : alors que mars n’est désormais plus une simple colonie terrienne et possède son propre gouvernement l’espérance de vie, elle, dépasse désormais les 500 ans, Emma se retrouve prise au piège d’une mutinerie, opération d’un groupuscule d’anarchistes idéalistes persécutés par la tyrannie du régime martien. Les mutins utopistes ont pour projet de quitter le système solaire et tenter de découvrir un éden non souillé par la tyrannique planète Terre ou son vassal Mars. Tous les membres d’équipage d’abord prisonniers se voient offrir une place à bord du vaisseau qui doit servir d’arche (ou de tombeau) à la nouvelle colonie. Un projet chimérique, mais qui s’adresse au meilleurs scientifiques de la planète rouge. Projet qui se met en place en secret mais dans une grande exaltation. Emma, elle, ne le voit pas de cet œil là, et reste septique jusqu’au bout.
Le deuxième journal est celui d’un archéologue qui sera le premier à obtenir des autorités martiennes l’autorisation de procéder à des fouilles dans la cité de New Houston, interdite depuis les émeutes qui en firent une ville martyre : Hjamar Nederland. Et alors qu’il exhume le journal d’Emma Stone et révèle l’existence du vaisseau parti à la recherche d’une colonie hors du système solaire, une autre expédition révèle l’existence sur Pluton d’un gigantesque artefact, un Stonehenge de glace à la surface de la planète naine.
Le troisième, celui d’Edmond Doya raconte sa démarche de recherche pour mettre à mal les théories de Nederland.
Si les progrès de la médecine ont été prodigieux et que l’espérance de vie a, elle aussi, fait un bon prodigieux et atteint quelques centaines d’années d’espérance de vie, il n’en est pas autant de la mémoire de chacun, et à long terme les souvenirs sont vite parcellaires voir inexistants. Et c’est bien là que tout se joue car si les journaux eux sont espacés de quelques centaines d’années leurs auteurs qui sont des contemporains n’ont pas de souvenir qui coïncident.


« Les menhirs de glace » laisse à penser qu’il s’agit d’un brouillon de la trilogie martienne à venir, qu’il fixe les bases de ce monde opéra, une tentative de narration autour de la colonisation planétaire. Même s’il nous donne inévitablement un goût à la grande épopée martienne à venir, qu’il nous met en bouche indéniablement, ce roman joue sa propre partition, son propre thème et ne doit sa réussite qu’à lui-même.
On atteint ici les contreforts mystérieux de l’écriture car, alors que l’on semble parfois blasé par l’immobilisme de ces trois récits, l’avancée frileuse de l’intrigue et les messages, on est en réalité captif de Kim Stanley Robinson qui nous tient bel et bien en son pouvoir « littéraire ».

Kim stanley Robinson, 2005, CC BY-SA 3.0Kim Stanley ROBINSON

 

Auteur Américain dont la renommée s’est fait avec la parution de la trilogie Martienne, Robinson est un spécialiste de la Hard Fiction.