Les maîtres chanteurs

Malgré toutes les critiques si courantes -et certaines sont justifiées- sur l’écriture de Orson ScottCard, celui-ci est un acteur prépondérant de la S-F US contemporaine. Pourquoi? Et bien, sûrement parce que les qualités narratives de ses récits compensent les faiblesses de style ou les idéologies d’un auteur parmi les plus lus. Les romans de Card sont en effet des exemples frappants d’une SF populaire abordable et remarquable d’efficacité.

Rien d’étonnant à cela, que l’on s’enthousiasme à la lecture des Maîtres chanteurs, œuvre de jeunesse révélatrice de la conception narrative selon Card.


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Objet de toutes les convoitises, les oiseaux chanteurs représentent l’ultime marque de luxe à travers toute l’aristocratie et ce jusqu’au fin fond de l’univers. En effet ces incroyables solistes fruit d’une secrète éducation monastique, personnalisée à l’extrême et qui nécessite toute une jeunesse consacrée à la formation. Plus encore, chaque oiseau chanteur est dessiné, affiné à l’image de son futur acquéreur et deviendra le joyau unique et coordonné de son richissime propriétaire.

Ansset, lui, est promis à l’empereur Mikhal l’autocrate despote qui vient de réussir l’exploit de pacifier l’humanité à travers la galaxie. Voix parfaite et réussite ultime de la Manécanterie Ansset devient dès son arrivée au palais un authentique objet de pouvoir. Alors qu’il a passé son enfance à l’écart des autres chanteurs, cette nouvelle vie au cœur de toutes les intrigues, de toutes les manœuvres et tractations politiques, s’avère un dangereux échiquier où lui-même s’affirme avec le temps la pièce maîtresse.

Fidèle à sa construction, le héro Cardien (Bean, Ender..et ici Ansset) est l’objet d’une initiation atypique, torturée et en marge de celle de ses pairs. Celui-ci n’y trouve aucun réconfort, s’enfonce dans l’exercice solitaire du pouvoir et dans un désespoir nostalgique proportionnel à son sens du devoir. Le jeune Ansset subit son poignant destin et si celui-ci le mène invariablement au statu suprême, Ansset n’en est que plus tourmenté. En réalité ce roman est la mise en abime de la solitude qu’’engendre tout pouvoir; ça, mais aussi quelque idéologie proprement manichéenne indispensable à la production populaire US.

Toute la réussite, elle, se situe dans la construction de la trame qui sans jamais tomber dans le suspense, la surenchère, la débauche d’intrigues, tient parfaitement en haleine grâce au choix d’un suspense lent mais tenace qui joue tout sur l’avidité du lecteur à découvrir un dénouement pourtant assez évident. Ici exception faite à ses habitudes la dernière partie du récit n’a clairement pas été écrite de la même manière (un ajout tardif?)

Sans aller jusqu’à dire que l’oeuvre de Card est uniforme, Les Maîtres chanteurs en est un échantillon très représentatif. Et la stratégie Ender qui paraîtra quelques années plus tard et rencontrera un immense succès est déjà là en filigrane tant les deux héros sont proches, leurs destins semblables.