Les geôliers

Thriller fantastique situé entre roman contemporain décalé et anticipation, assaisonné à la sauce « invasion extraterrestre » et aux accents sournois de paranoïa hallucinée, « les geôliers » et son Pitch hétéroclite concentre toutes nos interrogations. Comment ne pas être intrigué par ce dernier inédit du grand Brussolo, auteur prolixe de ces dernières décennies et dont la notoriété est définitivement acquise.


folio SF, 2017
folio SF,
2017

Scénariste oubliée par ce milieu toujours aussi versatile qu’est celui du cinéma Jillian Cain s’y était pourtant fait une solide réputation en se spécialisant dans le biopic. Un genre auquel elle aurait bien apporté des lettres de noblesse, mais qui malgré un engouement certain, ne cesse, à ses yeux, de se pervertir dans le divertissement bas de gamme. Alors quand elle se voit enfin contactée par l’énigmatique réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le biopic de Debbie Fevertown, Jillian se trouve pour le moins intriguée. Phénomène populaire, l’incroyable Debbie a disparu depuis 15 ans, elle qui massacra sa famille, puis échappa au FBI, est une légende forte d’une incroyable aura. Le mythe populaire veut qu’elle soit en réalité une tueuse d’ECYMs (de méchants E.T.), et qu’elle ait agi en état de légitime défense en découpant en petits morceaux son mari et ses fils qui n’étaient rien d’autre que des extraterrestres tortionnaires. Après avoir un peu enquêté auprès de rares témoins, puis s’être isolée quelques semaines pour écrire un scénario, Jillian prend part à l’étrange caravane qui part pour Dipton y réaliser le tournage sur les lieux même du crime. Une caravane constituée de techniciens fans, acquis à la cause de Dieter et de son cinéma underground, ainsi que d’une véritable armée de bikers.
Dipton que l’on dit peuplée d’extraterrestre est une bourgade coupée du monde. Seule, séparée du monde par les immensités désertiques qui l’entourent, perdue au fin fond d’une dense, énigmatique et gigantesque forêt cette bourgade est singulière tant par son isolement physique que par la volonté farouche de ses habitants de refuser le monde moderne et tout ce qui vient de l’extérieur. En cela elle ressemble à une secte religieuse comme il en existe déjà sur le sol des Etats-unis. L’humus parfait pour que l’intrigue déjà chargée s’enracine dans les ramifications dont Brussolo a le secret.

Voici un récit foisonnant dont l’intrigue alterne entre suspense, fantasmagorie, invasion « Alien » et qui est tantôt réaliste, tantôt foncièrement absurde. Cela donne à ce synopsis assez linéaire une pluralité étonnante et détonnante. En disant cela je peux laisser penser que l’histoire est décousue, il n’en est rien, mais l’auteur joue gaillardement avec les rythmes, enchaine les atmosphères. Il éloigne rapidement son récit du cauchemardesque, de l’horrifique pour mieux favoriser une kyrielle d’autre états. Jillian, va vivre tout un chapelet « d’aventures » pour comprendre les mystères de Dipton et la nature de ces « Geôliers » : une véritable odyssée.

En donnant allègrement dans la surenchère Brussolo marche sur un fil et peu perdre son lecteur à chaque instant. Mais, c’est grâce à cela que l’on peut prendre toute la mesure de l’expérience que déploie l’auteur : Serge Brussolo a du métier et cela se voit. Car, même interloqué par tant d’extravagances, on ne décroche jamais. La gestion du timing, la mise en alerte, tout est en réalité maitrisé.
Et puis il y a la plume de Brussolo qui joue un rôle majeur dans l’appétence de ce roman. Une écriture vive, directe, qui rend la lecture rapide. Elle instaure une fluidité qui permet de dévorer ce roman. Très rapide et pour le moins intriguant ce thriller s’assume pleinement.


Déraisonnable et totalement extravagant, dans « Les geôliers » Serge Brussolo en fait des tonnes et ça marche. En étant tout à fait honnête, j’annoncerais qu’une telle lecture ne peut plaire à tout le monde, mais j’ai aimé (un peu surpris moi-même) me laisser aller à cette lecture dingue et ostensiblement absurde. Une expérience insolite qui s’avère très agréable lorsqu’elle est menée par un tel auteur.

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Mhmmm, je l’ai dans ma PAL suite à un avis dithyrambique. Le côté absurde a de quoi refroidir!
    Mais si c’est maîtrisé et que le roman ne surfe pas que sur cette veine, cela peut le faire.
    .

  2. Pour mes premiers pas dans la prose de Brussolo, c’était bien, très majoritairement grâce à la maitrise de ce remarquable auteur. Est ce que « les geôliers » fait parti de ses meilleurs, à voir, au vu de ce que l’on m’en a dit.

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