Le sultan des nuages

Sous cet archétype de Space Opéra, biberonné à la hard SF se cache une novella d’allure modeste, voir abrupt et cependant ambitieuse. Cette lecture rapide qui pourrait certes en rebuter quelques-uns, possède pourtant des qualités indéniables. Du décor planté avec une impeccable rigueur jusqu’au punch de cette plume à la fois simple et paisible.  


 

le sultan des nuages, Une heure lumière, Le belial' 2017
le sultan des nuages,
Une heure lumière,
Le belial’
2017

A l’heure où la colonisation des planètes -et satellites- du système solaire est une réalité déjà fort avancée, le Dr Léa Hamakawa, héroïne de la terraformation de Mars, débarque sur Vénus. Accompagnée de son fidèle technicien, elle honore l’invitation de Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum, celui que l’on surnomme le sultan des nuages car sa fortune et son influence en font l’un des vrais puissants de cette nouvelle humanité. Véritable marché de dupe, le triangle relationnel qui lie ces trois-là confond allégrement jeux de pouvoir et convoitises. 

La narration qui a un petit quelque chose de systématique avec ses courts chapitres descriptifs qui s’enchaînent et nous dressent, à la manière de petits coups de pinceau, un tableau limpide de la vie sur Saturne. Chacun est d’une concision qui confine au rudimentaire, et cette plongée dans l’univers que Landis nous a concocté, qui est aussi progressive qu’omniprésente ne laisse finalement que quelques chapitres entièrement dévolus à l’action du récit.  

Peu d’action, une forte proportion concédée à la description de cet univers démesuré ainsi qu’une narration insistant sur l’aspect scientifique ; alors pourquoi parler de ce texte dont les qualités sembleraient plutôt minces ? En effet, plus soucieux du réalisme de son univers que de la solidité de son scénario Landis a de quoi surprendre, je dirais même de quoi rebuter, décourager. Paradoxalement c’est pourtant bien de là que vient la principale qualité de cette novella: ouvertement hard fiction. Entièrement tournée vers l’extrapolation scientifique de la colonisation de Vénus, la vision de Landis parait réaliste. Les adeptes de la hard fiction y trouveront assurément leur compte. 

Et puis il faut tout même souligner l’écriture de Landis, douce et facile qui teinte ce récit d’une harmonie somme toute charmante. La vision qu’il nous présente par le menu, agrémentée de forts nombreux détails, est d’une clarté et une netteté fascinante. Or c’est bien là que se joue tout « le sultan des nuages”. 


 

En somme une novella qui profite pleinement de son format et que l’on referme finalement satisfait. Cela vient assurément de sa concision qui œuvre pleinement à cette conclusion : comme si, d’un coup d’éponge, elle effaçait tout simplement l’aridité du synopsis. Une alchimie, en somme, bien surprenante. 

Voilà qui me laisse à penser que je deviens décidément un adepte de la forme brève.

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. @Barrona:
    C’est très inventif et puis c’est si court, que j’aimerais te dire oui. Cependant si tu est véritablement allergique…Sûr que tu trouvera d’autres novellas plus à ton goût dans cette jolie collection.

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