Le grand vaisseau

Voici l’archétype du roman qui inspire autant de frustration que de plaisir, « Le grand vaisseau » de Robert Reed est un roman fleuve porté par une très grande ambition, trop grande peut-être?

C’est un besoin irrépressible d’encenser ce roman qui m’a pourtant fortement déçu lorsque j’en ai terminé la lecture, qui me pousse à écrire ces lignes.


bragelonGrandVaisseau
Bragelonne, 2006

Une fin trop rapide, et voici que ce qui me paraissait être un très grand roman me laissait un fort goût d’imprécision, d’inachevé et de bâclé. Pas mal de temps s’est écoulé depuis et le souvenir tenace de cette lecture réjouissante m’amène à la conclusion qu’il s’agit bien d’une très bonne lecture, qu’il serait déplacé de vouloir décourager quiconque voudrait s’y plonger, enfin qu’une courte mise en garde devrait suffire à éviter une probable déception.

Un très grand mystère entoure ce vaisseau. De son origine, nous ne savons rien. Lorsqu’il est apparu dans la galaxie, il était abandonné depuis si longtemps déjà que toutes ses machines étaient à l’arrêt et seule l’inertie de sa colossale masse lui permettait encore de se mouvoir à une allure vertigineuse. De toutes les espèces qui voulurent le conquérir ce sont les humains qui l’emportèrent de vitesse et avant même d’en avoir fini l’exploration décidèrent de transformer le mastodonte en un vaisseau de croisière. Le vaisseau, si grand qu’il atteignait la taille de Jupiter, devint donc un lieu de vie et de plaisir alors qu’il faudrait encore des années pour en déceler chaque recoin, chaque mystère. Et mystère il y eut ! Longtemps après que la vie à bord ait été planifiée, clarifiée, organisée, que les habitudes se soient déjà transformées en traditions, on découvrit au cœur du vaisseau ce que cachait depuis toujours le noyau du colosse: une planète. Commença alors une nouvelle période de recherches, de découvertes qui se déroulèrent dans le plus grand secret.

Ambitieuse et volontaire, la première partie du roman nous présente le vaisseau, la vie à bord et les protagonistes, en total déséquilibre avec la taille finale du roman, elle représente quasiment le quart de l’ouvrage. Le développement lui est beaucoup plus rapide et abandonne déjà quelques pistes. Mais c’est vraiment dans le dénouement que la disproportion se fait réellement sentir : ellipses, raccourcis, simplifications… tout est bon pour abréger au plus vite. Les mystères qui entourent le vaisseau ne risquent pas de se conclure tous à l’issue finale, tant celui-ci est élagué. (à noter toutefois que toutes ces intrigues ont donné lieu à une suite et des romans parallèles.)

Etonnamment, une fois ce constat fait, la lecture n’en pâtit que très peu. La fluidité du récit et l’écriture limpide nous mettent à l’aise, et plus encore : le roman se dévore. Voila un très bon Space Opéra qui transcende quelques faiblesses au profit d’une très belle lecture.

grand_vaisseau
le livre de poche, 2014

Reed est un écrivain accompli qui n’en est pas à son coup d’essai. Tous ses romans ont trouvé leur public. Le grand vaisseau possède d’indéniables qualités et il s’en ait fallu de peu -d’un peu d’approfondissement- pour en faire un classique.

Au final ce texte dont la constance s’effiloche à mesure que l’intrigue évolue s’enorgueillit heureusement d’une lecture redoutablement efficace. Certains y verront un bon page turner quand

d’autres y verront un flop. Ce qui est évident c’est que l’auteur en décidant d’écrire des suites, a fait le choix de sacrifier un roman qui s’annonçait majeur …quel dommage!

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Merci de cette mise en garde. C’est un livre que j’ai depuis bien longtemps dans ma PAL et qui justement ne franchissait pas le cap de la lecture avec tant de contradictions. Désormais, je sais de quoi elles sont faites, et je vais lui faire sa fête!

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