La tour de Babylone

Alors que j’écris ces lignes, le Film de Denis Villeneuve « Premier contact » s’affiche dans les salles avec une confortable réussite d’estime. Cette adaptation d’une nouvelle de Ted Chiang – sous le titre « L’histoire de ta vie« – est certainement le meilleur ambassadeur de cet auteur bien peu connu, au delà même des prix littéraires déjà glanés. La tour de Babylone, le recueil qui rassemble toutes ses nouvelles de 1996 à 2002 est un congloméra disparate, mais prééminent.


Denoël, lune d'encre, 2006
Denoël,
lunes d’encre,
2006

Inondées de Prix, ces huit nouvelles n’ont en commun que la plume de leur auteur. Ted Chiang ne cherche ni a créer son monde, ni un univers, ni même un contexte semblable, mais se réinvente à chaque fois. Pour lui le contexte n’est qu’un prétexte à ses histoires. En effet Ted Chiang est attaché au processus réflexif et chaque nouvelle est une démonstration du processus logique, du processus de la réflexion scientifique ou plus simplement un décryptage du raisonnement humain. Par le prisme d’un individu et concentré sur sa personnalité, il élabore, il échafaude l’intrigue de ses nouvelles à chute.

Tour à tour cartésiennes, fantastiques, uchroniques, mystiques, les histoires contées par Chiang jouissent d’une originalité remarquable, toutes ont été savamment pensées, mûries et se démarquent habilement de toutes les influences qui pourraient transparaître. Créant à partir d’une idée originale chacune de ses remarquables histoires : idée, construction, narration prodiguent un ensemble éloquent. Par contre l’érudition transpire à grosses gouttes de tous ces récits, trahissant définitivement la formation scientifique de l’écrivain, sa passion pour toutes formes de sciences et les engage définitivement dans le sous- genre de la hard fiction.

Ted Chiang est un écrivain surdoué, mais un écrivain difficile d’accès. Son style démonstratif fait abondance de l’immobilisme descriptif et toute l’action reste secondaire et stationnaire. L’écriture, même lorsqu’elle peut sembler bavarde, est un modèle : la logique implacable qui en ressort, le développement dense ne gène en rien la lecture. Au contraire elle semble si naturelle qu’elle captive, et réussit même l’exploit de singulariser la démarche scientifique pour les néophytes et les réfractaires, ou alors elle dissèque l’âme humaine avec une facilité fascinante.

Fort de cette exigence le recueil ne souffre que du manque d’unité, il apparaît donc inhospitalier pour tous ceux qui ont déjà du mal avec le format court de la nouvelle. Et c’est certainement le seul vrai reproche à faire à cet ouvrage. Quelques unes sont suffisamment longues et trouveraient assurément leur place dans les collections au format court comme Folio 2 euros -ou Une heure lumière– pour réussir à séduire les sceptiques du genre.
Mais quelque soit la présentation Ted Chiang mérite d’être lu.

folio SF 2010
folio SF
2010

chiang_ted_portrait_by_arturo_villarrubiaTed CHIANG

 

En 25 ans de Carrière et seulement 15 nouvelles Ted Chiang est un auteur rare, mais couvert de prix (Hugo, Nébula, Locus, British Science Fiction, Théodore Sturgeon et John Wood Campbell du meilleur nouvel écrivain).

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