La route

Phénomène incontournable, roman référent, classique du post-apocalyptique « la route » est souvent édifiée au rang de chef d’œuvre. Et pour cause le genre n’a jamais été aussi réaliste que sous la plume de McCarthy. Un réalisme si prégnant qu’il vaut mieux avoir le cœur bien accroché : âmes sensibles s’abstenir.
Et pourtant Cormack McCarthy se défend d’avoir jamais écrit un roman de genre…assurément la raison de cette réussite.


édition de l'olivier, 2008
édition de l’olivier,
2008

La terre est définitivement stérile, plus rien ne pousse, et les espèces animales ont certainement toutes disparues, parmi les miraculés, l’homme et le petit : un père et son enfant survivent encore sur la route. C’est vraiment de survie qu’il s’agit ici, dans les ruines de la civilisation humaine. Plongée dans un brouillard chaque jour plus dense, la route est le théâtre de l’agonie programmée de chaque survivant. Dans cet enfer froid que le soleil ne réchauffe plus, la fuite éperdue vers le sud est le seul résidu d’espoir, le seul filin auquel s’accrocher. Mais la route, l’unique chemin pour ce sud, constitue aussi un danger permanent, pire elle les concentre tous. Car dans cette enfer, la conscience humaine, la dignité, la moralité ont bel et bien disparues en abandonnant leur place aux pires instincts: vol, meurtre ou pire encore cannibalisme. Il ne fait pas bon rencontrer qui que se soit sur la route.

Nul description de ce monde éteint, nul explication du cataclysme qui a eu lieu, La route ne nous parle que de l’homme et de son enfant, de leur lutte contre la faim, contre le froid, de leur besoin impératif de passer inaperçu. Orchestrés d’une main de maître tout le récit, la complicité du père et de son enfant, la lutte acharnée pour leur survie, apparaissent sans fard : brut, sobre. Et cette économie permanente de détails joue magistralement sur l’ambiance du roman. Pesants et omniprésents la peur, l’effroi et ce cauchemars qui accablent les protagoniste se répandent au-delà de la page contaminant le lecteur, fasciné, angoissé, suspendu à la saisissante lecture. Et si nous ne connaissons rien de ce qui conduisit le monde à sa perte nous vivons cette apocalypse qui transpire abondamment du récit.
Rarement le post-apocalyptique n’a su atteindre ce degré de réalisme dans l’horreur.

La route
éditions points, 2009

McCarthy qui est indiscutablement un grand écrivain, fait fi de toute poésie et limite son écriture à l’essentiel. Il adopte un style jeté, épuré, quasi mécanique,
dans une économie totale de fioritures. Un choix qui sert royalement son propos. Et s’il est digne de grandes analyses détaillées, documentées, si il est déjà le cœur de dossiers acérés, inutile d’aller aussi loin pour conclure que l’ouvrage ici présent s’érige en un formidable monument.

Lugubre et somptueuse, épouvantable et émouvante, effroyable et palpitante, implacable et bouleversante La route est une réussite majeure, devant laquelle on s’extasiera encore très longtemps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *