La plaie

Sans la volonté marquée des éditions l’Atalante de pérenniser ce titre dans leur catalogue avec une seconde édition, cette fois-ci en poche, il est légitime de se demander si “La plaie”, le space-opera de Nathalie C. Henneberg, aurait encore sa chance plus de cinquante ans après sa parution initiale. 


 

Hachette/ Galliamard, Le rayon fantastique, 1964
Hachette/ Galliamard,
Le rayon fantastique,
1964

Alors que la Terre se meurt d’un mal méphistophélique, la sage planète Sigma a bien du mal à prendre la mesure de la menace que cela engendre. Car si le virus qui ronge la terre a toujours été présent dans l’histoire de l’humanité il a désormais atteint une maturité tout autre : les malades de la Plaie, les Nocturnes, ne font plus de quartiers. La terre elle-même semble condamnée, et les massacres s’étendent désormais à toutes les communautés humaines en fuite à travers l’espace. Rien ne contient plus vraiment le mal, sauf peut-être, quelques jeunes, nés avec d’improbables possibilités parapsychiques. C’est dans ces conditions et fort intrigués par la situation de la Terre que Lès Carrol et Morozov ont quitté Sigma dans l’indifférence générale pour une mission d’exploration quasi secrète. Si leurs conclusions sont édifiantes, leur retour prend une tournure des plus complexes. Pourtant s’il leur est tout aussi impossible de lancer l’alerte que de rentrer, ils vont cumuler des rencontres propices à l’espoir.   

Albin Michel, SF (2ème série), 1974.
Albin Michel,
SF (2ème série),
1974.

Le récit commence après la visite dans sa cellule et la nuit de son exécution d’Airth Reg par le grand Ingmar Carrol. Le haut dignitaire intrigué par l’aplomb du pilote au cours de son procès pour piraterie voulait découvrir par lui-même l’énigmatique jeune homme. Mais la discussion qui s’instaure rapidement entre eux va surtout révéler un complot qui menace bien plus que les habitants de la Terre. Ce prologue plante la dramaturgie avec un brio d’une incroyable insolence. Cette mise en bouche digne des meilleurs cliffhangers, laisse au lecteur un petit je ne sais quoi qui le taraude tout au long de sa lecture. 

 

Suite à ce préambule débute le véritable le roman et celui-ci il se plait à casser toute linéarité. Il se présente d’ailleurs en deux parties distinctes tant dans l’histoire que dans la forme. La première partie plus descriptive, plus approfondie est aussi la mise en place essentielle de tous les protagonistes ainsi que des lieux de ce récit choral. A l’opposé, la seconde, plus fluide, mais également plus sèche, plus tendue, voire même plus épique ou romanesque, est l’exponentielle qui mène au final en apothéose. 

 

L'Atalante, Bibliothèque de l'évasion, 1999.
L’Atalante,
Bibliothèque de l’évasion,
1999.

En dépit de son âge, “La plaie” ne succombe pas au côté Old-School. D’une part la forte propension littéraire s’émancipe totalement d’un quelconque aspect scientifique et l’oppose à ce qui domine -encore aujourd’hui- dans la SF d’outre Atlantique et qui est selon moi est une facteur aggravant d’une obsolescence rapide. Et d’autre part, l’opulence des thèmes voire la densité de cette narration qui fait la part belle à l’action et qui s’appesantie sur la psychologie des personnages dissocie le roman de la majeure partie de la production science-fiction des années soixante. Car là encore, en 1964 il quand sort, l’immense majorité de ce qui se produit en SF est destinée aux feuilletons. Alors s’il faut vraiment trouver quelque chose de daté dans “La plaie” je concède que l’écriture se voit parfois affublée de formulations ou de style désormais peu courants. Et si cela nous rappelle que Nathalie Hennebert fut la contemporaine de Robert A. Heinlein ou d’Asimov, cela ne teinte nullement le récit d’un ton désuet. Au contraire c’est la plume authentique de l’auteure qui permet au roman de traverser impunément les décennies. 

l'atalante, la petite dentelle, 2017
l’atalante,
la petite dentelle,
2017

Au-delà de sa propension littéraire, de son aspect dense, fouillé et précis, ce qui caractérise le mieux cette écriture exigeante : c’est sa capacité à toujours illustrer au plus juste l’histoire ou les nombreuses péripéties imaginées par l’auteure. Car celle-ci maitrise pleinement l’art de la composition théâtrale des grands conteurs. Ainsi la dramaturgie, la tournure et la profondeur des thèmes que défend Nathalie Henneberg, permettent à cette lutte du bien contre le mal d’éviter l’écueil du récit bêtement manichéen. Tout cela, ainsi que la noirceur de ce mal gangrénant permettent même à ce space-opera, né d’une idée très classique, de s’inscrire à l’encre indélébile dans les annales du genre. 


 

Lire “La plaie”, récit dense et exigeant mérite clairement d’être tenté.  

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