La panse

La sortie de cet alléchant roman s’est faite entourée d’une aura pour le moins prometteuse. La renommée de Léo Henry n est plus à faire, à nouveau publié chez folio SF, il revient avec un thriller fantastique et inédit. Le retour de ce stakhanoviste de l’écriture semble attirer toutes les attentions et ce court « La panse » débarque comme une promesse..


folio SF, 2017
folio SF,
2017

Tout commence avec ce rêve anxiogène, ce rêve à la fois cru et improbable, et voilà que l’absence de Diane, sa sœur jumelle distante et mystérieuse, devient dès lors un enjeu pour Bastien. Comme si, de sa réaction dépendait la survie du cercle familial. Un cercle familial qui, au demeurant, est tout sauf un modèle du genre: un frère et une sœur aussi éloignés l’un de l’autre qu’ils le sont de leurs parents, assurant mutuellement le strict minimum, pour convenir que les liens existent encore. Lorsque brusquement le silence de Diane lui apparaît étrange, et que soudainement inquiet, Bastien décide de renouer au plus vite il est trop tard ! Diane a disparu, son téléphone est coupé et elle manque à l’appel de son poste de pompier depuis déjà des mois. Quelques rencontres et Google lui permettent de commencer ses recherches. Une enquête brouillonne s’ébauche qui porte vite ses fruits et voilà Bastien sur le point de renouer avec Diane. Rien ne va plus, désormais, c’est sûr, Bastien va devoir plonger au cœur de la mêlée et grâce à un petit boulot dans une société d’entretien s’approcher au plus près de ce qui ressemble méchamment à un mauvais cauchemar. Ce cauchemar porte le nom de « la panse ». Le dernier fil menant à sa sœur est une secte en bonne et due forme née au cœur des tours de la Défense et qui charrie l’horreur.
Le décor monolithique de ce quartier d’affaire que l’on imagine plutôt avec ses hordes de cadres supérieurs déferlant quotidiennement sur la Dalle pour assaillir les tours d’affaires par des assauts aussi pendulaires qu’inoffensifs, sert ici de théâtre à une histoire qui s’avère surtout souterraine. Une scène homérique, qui plante cette enquête survitaminée dans la démesure des légendes.

Difficile à définir d’un seul qualificatif, « la panse » est à mon avis tout aussi difficile à classer: assurément thriller, certainement fantastique, probablement influencé par Lovecraft (mais pas seulement) ce roman qui a aussi le goût du Polar noir assaisonné de terreur, s’amuse de son éclectisme pour jouer avec le lecteur. Sous l’égide d’une plume addictive « La panse » s’aborde tel les meilleurs thrillers contemporains. Il faut reconnaître qu’il y a là du lourd. La plongée dans cette histoire se fait si vite, l’immersion y est totalement indolore, si bien que l’on se retrouve très rapidement au coté de Bastien, arpentant la Dalle de la Défense, à demi-conscient du cheminement parcouru, mais absolument réjoui de ce roman qui commence sous les meilleurs hospices.
Le style vif, dynamique, toujours tendu, ne se départit pas à l’alternance narrative mise en place par l’auteur pour accentuer le suspense. La tension qui découle autant de la vivacité de la narration que de la plume tonique donne au roman son rythme, à la fois fébrile et généreux.

Mais cette fébrilité n’est pas sans conséquence car lorsque les choix narratifs exigent un apaisement, les ficelles qui tenaient si bien l’intrigue se laissent trop facilement appréhender. Dès lors Leo Henry perd cette maîtrise parfaite qui domine la grande majorité du récit et ce dernier s’achève sans réelle surprise.
Là où beaucoup ne verraient qu’un détail, cela a, pour ma part, sensiblement jugulé mon plaisir. Il n’en est peut être rien, mais je soupçonne Léo Henry d’avoir fini l’écriture de ce roman la tête ailleurs, déjà accaparé pas sa prochaine production, d’où cette faiblesse que l’on ne peut reprocher qu’a la fin du récit, mais qui me laisse, hélas ce goût un peu amer d’inabouti.

Bien sûr ce défaut n’empêche en aucun cas la lecture de « La panse » qui se dévore tel un Page Turner étourdissant.


« La panse » m’a incontestablement donné l’envie de me plonger dans l’œuvre de Léo Henry, d’y découvrir un peu mieux cette patte personnelle qui, sous-jacente, ne demande qu’à nous émerveiller. Léo henry ne dynamite pas cette fois le thriller par un roman magistral, mais il nous fait là une belle promesse.

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. Merci pour ce retour, il faudrait que je le lise celui-ci, ou un autre livre de Léo Henry. J’aime bien le cadre de ce roman. Même si tout soulève quelques écueils, il semble de bonne facture.

  2. Oui, j’avais déjà lu un avis assez positif qui soulignais une fin de ce style. Tu confirmes mais j’aime beaucoup les nuances de ta critique. Tu donnes envie de lui laisser sa chance à cette Panse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *