La machine à explorer l’espace

Toute ressemblance avec h.g.Wells n’est pas fortuite. Hommage audacieux, ce mélange des deux chef-d’oeuvres (la guerre des mondes et la machine à explorer le temps) du maître sous une plume dégoulinante d’admiration nous révèle une nouvelle facette du talent de Christopher Priest.


 

MachineEspace

Jeune et innocent représentant de commerce, Edward Turnbull, écume l’Angleterre victorienne pour y vendre quelques objets de sellerie manufacturés, lorsqu’un confrère lui indique la présence surprenante et mystérieuse d’une jeune femme à son hôtel. La demoiselle que la directrice de l’établissement cache méthodiquement à ses clients du sexe fort, serait elle aussi voyageuse pour le compte d’un aristocrate scientifique. L’histoire en serait facilement restée là, si au détour de cette conversation inédite Edward n’avait compris la nature de l’employeur : le talentueux Sir William Reynolds, inventeur d’une étonnante machine roulante motorisée.
Les choses peuvent dès lors prendre la dimension romanesque. Edward, au mépris de toute bienséance, brave son courage ainsi que la porte de la jeune femme et obtient d’elle la confrontation tant désirée avec l’inventeur.
Lorsque enfin il franchit le seuil de la demeure Reynolds son hôte obnubilé par sa dernière invention ne peut lui consacrer que peu de temps. Le jeune et fougueux Edward met à profit ce temps pour conter fleurette à la charmante  Amélia. Celle-ci lui fait découvrir les nombreuses inventions du maître des lieux et surtout la fameuse dernière en date : une surprenante machine à explorer le temps. Mais l’impétueux jeune homme dérègle l’engin qui dépose ses deux passagers sur….Mars avant de disparaître.

Fidèle à l’esprit des pionniers de la science fiction auquel appartient Wells, l’histoire va pousser les héros de découverte en découverte et mener à l’issue évidemment favorable malgré les grands chambardements qu’engendre (inévitablement) un assaut extraterrestre. Edward et Amelia se découvrent (inévitablement) une fibre héroïque d’autant qu’ils possèdent le savoir et la technologie de Sir Reynolds indispensable à la lutte, face à un lecteur (inévitablement) ravi par le calibre du roman.

Si l’on croise aisément des fans de Christopher Priest qui font remarquer que la machine à explorer l’espace se situe loin de ses autres ouvrages, il est alors évident, aux vues de la qualité de celui-ci, que la réputation de Priest n’est pas galvaudée. Un hommage si appuyé à son prédécesseur aurait pu si facilement tourner au désastre sinon à un roman sans grand intérêt. Or c’est un roman réjouissant à la plume impeccable, un récit animé, mené par un formidable conteur qui prend pour lui les manières des romans fantastiques des précurseurs dont fait partie Wells, et concocte un roman moderne et captivant.