La horde du contrevent

Depuis sa sortie “La horde du contrevent” rencontre un succès qui ne s’est jamais démenti. Adapté, par exemple, en pièce de théâtre ou plus récemment en Bande-Dessinée, ce roman a de multiples vies et lorsqu’on en parle les superlatifs pleuvent. Aujourd’hui Alain Damasio, son auteur, a, par la puissance de ce roman, acquis un statut à part dans le petit monde de la SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique), mais c’est bien au-delà de ce microcosme que l’aura de l’auteur s’étend désormais dans les cercles littéraires, chez les fondus d’une littérature innovante, de textes novateurs. 

Inutile de vous dire à quel point la chronique que je m’apprête à écrire, ne risque pas d’être révolutionnaire. Tous ce qui peut être dit, l’a déjà été, mais je ne résiste pas à l’envie de partager mon plaisir.


  

 

La Volte, 2004
La Volte,
2004

L’exercice ayant été tenté maintes et maintes fois, je ne vais pas m’attarder à résumer ce roman qui sera de toute façon peu représentatif de son intrigue. Sachez seulement s’il faut vous faire une idée de ce qui s’y trame, que le roman nous plonge au cœur de ce groupe appelé la “Horde” dont les individus qui la composent sont faits de cette matière dont on fait les héros. Que la 34ème -et surement l’ultime- Horde que nous suivons lors de cette lecture est l’amalgame d’une poignée de volontaires intrépides et de véritables champions formés dès leur plus tendre enfance pour devenir l’ossature indispensable à la “Horde”. Car sur cette terre battue par des vents souvent violents, des vents parfois extrêmes, des vents qui peuvent atteindre une force impensable, “l’Extrême amont” point d’origine de tous ces vents est depuis toujours le graal absolu. La Horde est, après l’Extrême-Amont la seconde pierre angulaire de cette mythologie, chargée par l’humanité d’en rechercher l’emplacement légendaire. Une chimère élevée au rang de devise universelle que seule une Horde à pied peut trouver. “Contre”, “bloc” autant de techniques pour progresser face au vent que la horde sous la direction de son inébranlable chef, Glogoth, enchaine dans une maitrise qui en fait la plus rapide. Jamais aucune Horde n’a été aussi vite depuis l’Extrême-aval, alors les espoirs, même s’ils sont totalement utopiques qui reposent sur celle-ci sont réels. Cependant les obstacles sont si nombreux, variés et dangereux que sa perte peut venir de partout. 

Folio, 2007
Folio,
2007

Pour réussir cet exploit Alain Damasio a tout crée : un monde unique, une civilisation et une mythologie, le tout autour du vent ou plus précisément autour des vents. A la fois dense, complexe et pourtant remarquablement accessible cet univers est un terreau fertile pour une aventure héroïque et légendaire. De ce fait “La Horde du contrevent” a tout des grands récits de SF ou de Fantasy plus classiques qui raffolent de mondes créés de toute pièce, or si la tendance plus que générale n’est pas vraiment à l’originalité, mais plutôt à des codes surannés, ici, l’envergure déployé par l’auteur en fait d’entrée un Chef d’œuvre. Je n’avais jusqu’alors jamais connu pareille réussite lors de mes lectures. Seule celle du “Seigneur des anneaux” à mes douze ans en est l’expérience la plus approchante.  

La mise en place de cette atmosphère si particulière est minutieusement complétée par une panoplie de personnages, plus encore de personnalités que Damasio cultive avec une imagination si finement ciselée.  Et ces personnages, ces 23 hordiers, participent tous au récit, chacun avec sa propre gouaille, érudit ou populaire, bavard ou réservé et de façon régulière ou parcellaire. Sov, le scribe est bien sur le plus bavard, Cararcol le conteur est lui le plus démonstratif, mais chacun à sa place dans le récit. Une multitude de points de vue qui nous plonge au cœur de la horde. Une immersion phénoménale et immédiate qui représente assurément une complexité pour l’auteur, mais aussi, il faut bien l’admettre pour nous lecteur car il n’existe pas de mise en jambe. En somme la Horde se mérite. 

Folio,  2015
Folio,
2015

Elle se mérite, oui, mais pour qui se prend au jeu “La horde du contrevent” est la promesse d’un moment unique. Lecture à la fois romanesque, poétique, épique, gouailleuse, argotique, fantastique elle est aussi un très grand moment de littérature, dense, original, inventif. Damasio a la plume vive, joue avec aisance de la langue, qu’il s’approprie s’inventant un vocabulaire exclusif et un argot, mais c’est aussi une parfaite utilisation de l’alternance. Au-delà même des prises de paroles des protagonistes, la narration a ses fluctuations, ses respirations. Le récit enchaine volontiers les phases héroïques avec de doux moments poétiques propices à la réflexion. Ces enchainements sont doux voire indolores et colorent le récit -s’il en était encore besoin- d’une ambiance insondable. Ils sont à l’image du roman, abondants et complexes mais généreux.  

Restons-en là, car si je suis loin d’avoir tari tous les éloges que “la horde du contrevent” m’inspire, Il est temps pour vous de vous jeter à l’eau et de tenter l’expérience. 


 

Pour ma part, il m’aura fallu une seconde lecture. La première inachevée, m’ayant permis de prendre conscience que ce monument méritait de prendre quelques dispositions : se dégager du temps et une disponibilité accrue pour qu’enfin le colosse qu’est “La horde du contrevent” m’enchante de bout en bout.  

3 commentaires Ajoutez les votres
  1. C’est très clairement un roman qui requiert un certain investissement pour être vraiment et pleinement apprécié. Ravi que cela ait été ton cas en tout cas. Vois-tu le vent différemment désormais ? =P

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