Etoiles sans issue

Connu jusqu’à présent pour ses nombreux talents de conteur, d’inventeur de mondes, voici Laurent Genefort, volontairement ou involontairement, tête d’affiche d’une littérature SF « jeune adulte » avec ce premier roman publié par Scrinéo dans sa collection idoine. En conviant un auteur phare du genre à inaugurer -avec Loïc Henry- une toute nouvelle collection de Space Opéra, le jeune éditeur compte bien reproduire le schéma de sa collection Fantasy dopée aux auteurs stars.


Scrinéo, 2017
Scrinéo,
2017

Avant même de tenter un résumé introductif, il me semble essentiel de présenter l’univers des portes « Vangke » que Laurent Genefort développe depuis des années, des décennies plus exactement. Un univers qu’il distille dans beaucoup de ses récits. Un arrière plan discret, qui donne une belle unité à tous ses romans, même ceux qui pourraient sembler n’appartenir à aucune série.
Ici, les portes de Vangke rendent accessible les cinq planètes qui forment « L’Acumen », un monde dont le peuple est régi en caste d’un absolutisme teinté de religion et sur lequel règne depuis des générations la dynastie des « Combrail ». Issu de la caste des « caires », la plus basse et la plus dénigrée, Palestel se retrouve au cœur d’un complot d’état, d’un régicide machiavélique. Pour avoir effectué un travail de gardiennage dans le plus grand secret, lui qui tente de fuir la pègre de son monde natal, devient le seul témoin de la conspiration encore vivant. Contraint à la fuite, l’infortuné trouvera toujours dans sa déroute un allié de circonstance. Mais cela sera-t-il réellement pour son bien?
Les intrigues politiques sont propices aux grandes et belles aventures, aux contretemps et autres complications qui agrémentent le récit. Ici l’intrigue, bien que politique, est plus primaire, les enjeux sont évidents, le récit linéaire et simple. Allégé, ce roman rapide -seulement 300 pages- joue la carte du divertissement récréatif. Mais Genefort est un auteur aguerri, il simplifie, certes, son récit, mais joue sur d’autres qualités dans Etoiles sans issue. Avec sa prose discrète au service de l’action, de l’épique et des péripéties, il s’affirme parmi les conteurs. Sa science du genre, elle aussi, impose ce court texte dans le maelström du Space Opéra. Et si certains ne manqueront pas d’être indisposés par la monotonie d’une première partie longuette, aux contours un peu vagues, le roman, lui, a le potentiel pour faire oublier cette maladresse dès la deuxième partie. Etoiles sans issue oscille régulièrement du page turner routinier au roman Genefordien, donnant naissance à un roman plaisir construit, même légèrement, autour des thèmes humanistes qui sont chers à l’auteur.
Ce qui sera peut être difficile à accepter par les lecteurs assidus de Laurent Genefort, c’est qu’au final ce roman ne s’adresse pas réellement à eux, mais bien à un public souhaitant découvrir le genre. En cela, il ne risque pas de nuire à la volonté de Scrinéo qui semble désirer, au-delà du coup de pub, un roman susceptible de s’attacher ce lectorat en devenir.


Si Etoile sans issue ne soulève que modérément l’enthousiasme des lecteurs aguerris, des adeptes du Space Opéra, il a par contre le potentiel pour déclencher l’envie d’un lectorat ado ou post-ado rebattu de romans pondus dans l’urgence et issus d’une production exubérante de Fantasy ou de Néo-anticipation. La profusion de titre ados et jeune adulte ne va certainement pas s’endiguer avant bien longtemps et nécessite indubitablement des stratégies éditoriales volontaires, afin de donner sa chance à un genre trop peu présent -ici le Space Opéra- par la publication de grands auteurs du genre.

Tant pis pour les grincheux, ce Genefort n’est peut être pas pour cette fois un très grand Genefort, mais plutôt un Genefort mesuré qui se donne l’opportunité d’être un défricheur auprès des jeunes publics.

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