Eternity incorporated

Roman populaire par excellence, « Eternity incorporated » joue sur le plaisir d’une lecture simple et fait fit de velléités superflues. Il serait cependant réducteur de le comparer à un simple page turner car, Oui, Eternity incorporated est bien plus que ça.


Mnémos, 2011
Mnémos,
2011

Dans leur bulle protectrice les habitants de la cité vivent dans une harmonie remarquable sous le regard attentif du réseau universel : le Processeur. Protecteur, le Processeur est le meilleur rempart contre les dangers présents à l’extérieur de la bulle. Omniscient, le Processeur connait tout sur tous les habitants de la bulle, il est maître de toutes les machines. Omnipotent, le Processeur concentre tous les pouvoirs, tout dans la cité lui est subordonné. Et dans ce cocon protecteur, c’est une petite utopie que vit la cité sous l’œil de son chaperon providentiel. Minuscule bastion de vie, préservée face à l’apocalypse, face au virus qui a définitivement altéré toute vie extra-muros, la cité s’avère même un phalanstère tolérant envers ses dissidents.
Mais que va-t-il se passer lorsque soudainement, le processeur va s’arrêter sans crier gare? Que va-t-il advenir de la cité orpheline? Tous vont tenter de trouver de nouveaux guides. Dans ce bouleversement l’auteur nous invite à suivre trois protagonistes, trois personnages très différents qui auront tous un rôle à jouer dans cette reconquête. Sean, Ange et Gina se racontent à nous dans un méthodique travail d’écriture, où s’enchaine, chacun à son tour, la narration en parallèle de leurs trois histoires : Sean, le musicien fêtard se retrouve propulsé représentant des anticonformistes; Ange, officier des forces de police coincé à l’extérieur de la bulle et Gina, citoyenne- responsable, devient obsédée par l’urgence de redémarrer le processeur malgré son absence total de point de départ.

Ni charge politique, ni charge écolo, Eternity incorporated est une lecture plaisir, qui interroge cependant notre attachement aux technologies et la propension de l’homme à se réfugier derrière des valeurs sécuritaires et réactionnaires. Cela dit, le roman à mi-chemin entre post-apocalyptique et l’utopie et qui trouve ses bases dans la dystopie, a clairement pour raison d’être l’aventure : si le récit est inscrit dans la réalité des sociétés humaines, il se veut surtout un agréable divertissement.

Hélios, 2015
Hélios,
2015

La narration jouit d’une belle fluidité, excepté, peut-être, lorsque l’auteur emporté par son élan nous inonde d’une profusion de détails précis qu’il faut repérer rapidement faute de se perdre légèrement. Ce sentiment d’accessibilité est renforcé par le choix narratif qui enchaine les trois points de vue, qui assimile la lecture à une longue spirale nous entrainant dans le tourbillon des évènements qui s’accélèrent au fur et à mesure. Lorsque s’achève le roman, reste une vague frustration due à la chute plutôt vertigineuse, mais l’agréable sensation que le roman suscite très tôt lors de la lecture reste tenace. Car tout au long de l’écriture, et à fortiori de la lecture, se développe un univers, un contexte dense et prenant. Mieux encore, l’univers attrayant, et même attachant, fait oublier toutes les aspérités de la narration, parce qu’il est propice à l’appropriation, on imagine facilement des pistes inexploitées, on se surprend à trouver matière à développer certains aspects

Si le style n’est pas ce qu’il y a de plus remarquable dans ce roman, l’écriture de Granier de Cassagnac n’est pas pour autant celle d’un écrivain débutant, fournie et efficace, elle porte la marque de son expérience, de toutes ces années où il fut créateur de jeux de rôle et où il affinât sa plume. Peut-être encore un peu imbibé des procédés rôlistes, Eternity incorporated n’en souffre pas réellement, il est suffisamment dense et intriguant pour surpasser ses quelques fragilités. Gageons qu’il ne faudra que très peu de temps à cet auteur, pour nous offrir de nouveaux romans de très bonne facture.


Avec Eternity incorporated, Raphaël Granier de Cassagnac, nous livre un premier roman dense, bien mené et surtout fort sympathique. Il révèle un joli potentiel et un auteur proche de la maturité qu’il sera plaisant d’aborder à nouveau en suivant le développement de son univers avec son prequel « Thinking Eternity » avant la sortie annoncé de son troisième récit.

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