Des milliards de tapis de cheveux

Ce titre un  brin alambiqué cache une petite merveille de créativité et d’originalité. Voici une formidable découverte, un plaisir remarquable.

Confortablement guidé par une narration à la construction originale et par une écriture à l’apaisante fluidité nous, lecteurs, jouissons de chaque parcelle de ce livre.


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Même sur cette planète primitive, le culte de l’empereur immortel est primordial. Peut- être même encore plus sur cette planète où la caste des tisseurs de tapis de cheveux régit tout de son activité sacrée. Une activité mille fois millénaire, immuable et héréditaire. De père en fils, de générations en générations se perpétue la tradition qui veut de chaque tisseur le sacrifice de sa vie à réaliser l’œuvre qui honorera le palais impérial. Un ouvrage hors du commun, un tapis à taille humaine tissé à partir des cheveux de ses femmes et de ses filles.

Oui mais voilà l’empereur ne règne plus et jamais personne n’a découvert le moindre tapis de cheveux dans le gigantesque palais impérial. D’autant que ce sont toutes les planètes de cette galaxie que l’on vient de découvrir qui pratiquent ce culte si particulier de l’empereur.

Une découverte qui laisse pantois les rebelles incapables de saisir ou d’élucider l’énigme des tapis de cheveux.

Alors que ceux-ci s’emploient à gérer l’immensité de l’héritage impérial, la découverte de la mystérieuse galaxie Gheera résonne comme révélateur de l’extravagant héritage du défunt suzerain.

Quelle lubie est-ce là encore?

Jusqu’à l’implacable chute, Andreas Eschbach ébaudit son auditoire par le charme de son écriture, par la narration qui a chaque chapitre se renouvelle et surtout par l’infaillible construction.


 

Empreint d’une douce mélancolie (à moins que cela ne soit la traduction) l’écriture d’Eschbach laisse planer une atmosphère particulière sur le roman. Une nostalgie lancinante qui, couplée a cette construction si particulière du changement de point de vue à chaque chapitre, sublime ce Space-Opéra. Tous les codes du genre sont là, pourtant ce roman prend vite une autre dimension. Le fil conducteur n’est aucunement l’action, un héros ou une aventure, mais bien le mystère des tapis de cheveux, que l’auteur dissémine dans chaque chapitre. Comme les pièces d’un puzzle, chaque chapitre apporte un nouvel élément susceptible de dénouer cette énigme mais le canevas de ce problème, admirablement tissé par l’auteur, rend l’épilogue monstrueusement glaçant.

Couvert de prix « Des milliards de tapis de cheveux » justifie véritablement l’engouement général, en cumulant la finesse de l’écriture, la justesse de la narration et surtout cette somptueuse intrigue si peu palpable, qui tient l’esprit en éveil, à l’affût du moindre indice et qui conduit inexorablement a ce remarquable terme .