Cygnis

Voici une question passionnante : comment choisit-on les premiers titres d’une toute nouvelle collection poche alors que l’on possède, comme les éditions l’Atalante, un catalogue riche de plus de trente ans de parutions. Choisit-on en priorité des classiques ? Des coups de cœur ? Ou bien les titres qui ont bâti la renommée de la dite maison d’édition ? « Cygnis » par exemple, malgré un joli succès d’estime, restait fort peu connu avant cette parution.


l'atalante, la dentelle du cigne, 2010
l’atalante,
la dentelle du cigne,
2010

Froid et réfléchi, Syn aurait déjà acquis ses lettres de noblesse si son métier de trappeur n’était pas aussi solitaire. La fortune dont il fait preuve au cours de ses équipées hivernales dans les immensités reculées et inhospitalières ne tient en rien du hasard. Sa patience, sa remarquable adresse au tir, mais aussi et surtout ce grand loup mi-bête mi-robot qui le suit partout, sont de grands atouts dans le monde sauvage qui est le sien. Un monde bâti sur les ruines de notre civilisation, où les dangers ne manquent pas. Le moment est pourtant venu pour Syn de retourner auprès des hommes le temps de la belle saison. Avant d’assurer les trocs nécessaires au prochain hivernage, il revient en ville profiter des festivités du printemps. L’occasion idéale de renouer avec les amitiés viriles, la douce ivresse des tavernes et les plaisirs de la chair. Mais c’est aussi malheureusement à ce moment que se produit l’inévitable « hic » : le raid d’une tribu troglodyte venue kidnapper les femmes de la cité et, accessoirement, gâcher la fête. Un acte barbare qui ne peut qu’entrainer une déclaration de guerre. Et bien que fermement décidé à s’éloigner des hostilités, Syn se retrouve le jouet d’un destin qui le ramène invariablement au cœur du conflit.

Alors que le roman est relativement court, la mise en place, elle, joue un peu les prolongations. La plongée dans le cœur de l’action de ce roman guerrier se fait clairement par étapes. Véritable montée en puissance quasi permanente qui promet – pour un texte si bref – une chute abrupte, violente ou renversante.

l'atalante, la petite dentelle, 2017
l’atalante,
la petite dentelle,
2017

Cependant l’authentique surprise, ici, est le formidable équilibre qui transparait dès les premières pages et dont le roman ne se départira jamais. Vincent Gessler, dans ce récit post-apocalyptique voir survivaliste n’a pas vraiment choisit les apparats classiques du genre. Ou plus exactement il les noie sous ceux, très efficaces, de la Fantasy et de la SF classique : du drame, de l’épique, du sexe, du bourrin etc. Des éléments dont il faut savoir faire usage avec adresse, voir parcimonie au risque de rendre le récit, lourd, pataud mais aussi terne et même souvent niais. Et justement, ici, les nuances, le rythme, ainsi qu’un talent certain élèvent tous ces périlleux procédés à un niveau louable.
Pour obtenir ce récit aventureux à la fois concis et seyant, l’auteur joue non seulement d’une précision opportune dans sa narration, mais aussi d’une qualité de plume authentique. Et ne vous y trompez pas, si le style ne fait pas dans l’emphase, l’érudition ou dans l’exubérance, il se distingue par sa justesse remarquable, de celle qui fait les vrais conteurs. Ainsi cette histoire rocambolesque nous prend rapidement dans ses filets pour ne pas nous lâcher, restant même accessible aux réfractaires des récits « sévèrement burnés ».


Le plaisir que j’ai ressenti avec cette lecture me pousse à émettre un souhait : celui qu’à l’avenir « La Petite dentelle », la collection poche des éditions l’Atalante, nous exhume régulièrement des titres de même acabit.

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