Coraline

Puisque Le Bélial et sa remarquable collection Une Heure Lumière ont éveillé la curiosité d’un grand nombre de lecteurs, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil sur ce que l’édition française a déjà osé dans ce format. « Coraline » de Neil Gaiman est peut-être, jusqu’ici, la plus connue des novellas, elle n’a pourtant jamais été identifiée comme telle, ni par « J’ai lu », ni par « au Diable Vauvert », mais bien comme le texte pour enfant de l’immense Neil Gaiman.


Albin Michel Jeunesse, Wiz, 2002
Albin Michel Jeunesse,
Wiz,
2002

Coraline Jones et ses parents viennent d’emménager dans un nouvel appartement, une grande maison qu’ils partagent avec des voisins bien surprenants, voir mystérieux. Alors que ses parents ne sont pas toujours très disponibles, occupés par leur travail respectif, Coraline s’invente un rôle d’exploratrice à la conquête de ce nouvel univers, observe les demoiselles Spink et Forcide du rez-de-chaussée, épie le vieux toqué du second qui prétend dresser des souris ou encore rode autour du chat qui semble s’être attribué le jardin… Tout comme les habitants de la grande bâtisse, l’appartement puis rapidement le moindre recoin du jardin font l’objet de sa curiosité débordante. Un terrain de jeu qui présente un potentiel insoupçonné pour une imagination d’enfant, cependant, et en attendant la rentrée, il manque encore à Coraline quelques amis pour combler les longues périodes d’ennuis que la solitude ne cesse d’engendrer. C’est donc après maintes explorations de son domaine que Coraline se décide à prendre la clé cette fameuse porte qui l’intrigue tant. Ancienne porte de service qui donne sur l’appartement vide qui jouxte le sien murée, selon les dires de sa mère,mais qui aiguise encore et encore sa curiosité.
Étrangement, pour Coraline la porte s’ouvre, non pas sur le mur annoncé, mais sur un couloir sombre et un appartement en tout point identique au sien. Une fois son seuil franchi, règne un second monde analogue, impeccable copie du monde normal à une exception près: les gens y ont des boutons à la place des yeux. Son « autre mère » et « son autre père » ont ces accessoires oculaires, ainsi qu’un régime alimentaire des plus dégoûtants. Méfiante et blasée par ce nouveau monde, Coraline retourne dans le sien afin de retrouver le confort de sa propre famille, mais découvre que l’autre mère à emprisonné ses vrais parents dans un miroir. Confrontée à un véritable cauchemar. Il va lui falloir beaucoup de courage et de perspicacité pour affronter son « autre mère » et la battre à son propre jeu.

J'ai Lu, 2012
J’ai Lu,
2012

Neil Gaiman livre ici un conte horrifique pour les grands enfants, un conte nourri de références et pourtant fort de son originalité propre. Pour une part non négligeable, le récit puise véritablement dans le schéma des contes d’antan, Coraline qui affronte ses peurs donne la caution initiatique au roman, toutefois ce n’est qu’un aspect mineur car à la lecture, l’ombre de Tim Burton imprègne fortement l’imaginaire et il est tout aussi difficile de se détacher de la comparaison avec Lewis Caroll et son Alice. Oui, l’aventure initiatique de Coraline suit implicitement la charte théorique du conte classique et contemporain, le côté obscur, la part de cauchemar, s’adresserait indubitablement à tous. L’hommage appuyé à ses instigateurs immerge l’histoire dans un univers déjà marqué, néanmoins, c’est bien la patte de l’auteur qui en fait son si grand charme.
Gaiman qui a fait ses preuves dans le monde du Comics avec par exemple « Sandman » ou « Black Orchid », (Personnellement je vous conseille toutes ses collaborations avec Dave McKean) possède un univers incroyablement visuel. Peu sont capable comme lui de donner une telle touche graphique à leur récit, une touche qui sert particulièrement ce récit là, et qui accentue le parallèle avec Tim Burton, une touche faite de tonalités qui colorent et harmonisent si bien cette histoire qu’elle en devient visuelle, quasi-palpable. En découle logiquement, cette grandiose facilité d’appréhension, un récit vivant et une plongée merveilleuse dans ce « Coraline ».
Soutenue par l’écriture dynamique et par une narration qui illustre admirablement l’histoire, cette aventure courte et simple, presque simpliste attire toutes les attentions. Cinq prix majeurs (Hugo, Locus, Nebula, British Science Fiction et Bram Stocker) pour une novella pour enfant, cela semble beaucoup, surtout avec un synopsis tout de même classique, voir basique mais comment reprocher à Gaiman, sans faire preuve de mauvaise foi, d’avoir si bien réussi l’exercice du récit jeunesse.

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