Argentine

Fort heureusement « Argentine » n’est pas encore bon pour les oubliettes! La lecture (ou relecture)de ce brillant roman d’anticipation nous replonge dans la SF française des années 80 qui mérite tous les prix glanés à l’époque. Joël Houssin est à découvrir d’urgence!


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Argentine Joël Houssin Folio (2015)

Cela fait bien longtemps que plus personne ne sait pourquoi ses aïeux se sont retrouvés dans cette incroyable prison à ciel ouvert. Ici règne désormais la loi du plus fort, même si des milices peuvent faire joujou avec les meilleures armes en circulation sous prétexte de protéger les prétendus beaux quartiers. Dans cette jungle urbaine, les bandes, les gangs se font aussi vite une réputation qu’elles perdent la vie.
Diego, le sait bien. Ses exploits en solitaire firent de lui un héros. Mais le héros s’est brûlé les ailes et n’est plus que l’ombre de lui-même. Seuls ses cauchemars quotidiens et la peur qui s’enracine dorénavant dans ses tripes le rattachent encore au bravache chef de bande qu’on appelait alors Golden Boy. Mais un petit quelque chose d’impalpable change dans cette pseudo cité et Diégo, tel le phénix renaît de ses cendre pour un ultime coup d’éclat.
Lorsque le roman s’ouvre sur cette jungle urbaine, Jorge, son inconscient jeune frère dirige un ectoplasme du gang que Diégo avait fondé en son temps. Gabriella sa sœur elle est partie; à moins qu’elle n’ait disparue, et leur père est définitivement perdu dans la paranoïa et les vapeurs d’alcool. Acculé Diégo va devoir reprendre la main et incarner, comme avant, le mortel jeu de cette cité.
A l’image de cette famille dont l’atavisme mène, semble t il à la ruine, cette cité prison n’est plus que les vestiges d’une civilisation humaine déliquescente. Houssin ne nous épargne aucun détail sordide, illustre cet univers maudit d’un retour omniprésent de la loi du plus fort. Le carcan de notre héros, ce monde en perdition, cette prison à ciel ouvert est le chaudron où mijote le pire de la nature humaine et cette mixture peut arriver à ébullition à tout moment.


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denoël, 1989

Clairement post-apocalyptique et inévitablement critique de la nature humaine « Argentine » met en exergue la déchéance de la société et le retour d’une violence omniprésente en ne nous épargnant pas les détails sordides. Et en préférant le trash au glauque et l’épique au tragique, Joël Houssin favorise le plaisir d’une lecture romanesque.
Incisif et nerveux agrémenté d’un style fleuri et jeté, empruntant à l’argot juste ce qu’il faut pour illustrer ce récit urbain, il mène cette odyssée tambour battant et délecte le lecteur d’un périple vif et rapide qui évite l’écueil de la facilité. Argentine se lit d’une traite, sans respiration, et avec le plaisir simple et redoutable de l’aventure pure. Le héros (presque) solitaire face à son destin trouvera -t-il dans une apothéose dantesque la rédemption?
Ni nostalgique, ni vintage ce livre est simplement ancré dans l’imaginaire des années 80. Et alors même que le cinéma nous gratifie de resucées de film SF de l’époque avec des réussites diverses Folio, lui, s’est lancé avec discernement dans une grande vague de rééditions -et je l’en remercie, malgré la disparition des Stephen Wul en poche- du meilleur de ses catalogues.