All clear

Nonobstant la césure entre les deux tomes qui semble bien artificielle, ce second opus commence sur les « chapeaux de roues » et s’avère même tout aussi captivant que le premier. En effet « Blitz » est une œuvre si colossale qu’il était tout indiqué d’en faire un diptyque, personne n’est donc lésé. Il est portant difficile, si ce n’est impossible d’envisager une longue coupure entre la lecture des deux tomes.
(Cette chronique fait suite à celle de « Black-out » premier tome du diptyque « Blitz« )


Bragelonne, 2013.
Bragelonne,
2013.

En reprenant la lecture, nous retrouvons donc nos trois protagonistes à l’endroit même où nous les avons quittés. Londres, l’automne 1940, Polly, Michael et Merope sont enfin réunis, mais piégés par les circonstances. Si nos trois jeunes historiens ont réussi à se retrouver à Londres et au cœur du Blitz, après s’être longuement couru les uns après les autres, le piège qui les retient reste bien réel. Aucun de leur point de transfert ne s’ouvre plus pour leur permettre de rejoindre leur époque. Pire le temps joue contre eux et il leur faut trouver une échappatoire par leurs propres moyens. Les connaissances de l’implant de Poly qui lui donne date et heure de tous les bombardements du Blitz vont s’arrêter au 1er Janvier 1941. Désormais il leur faut rassembler leurs connaissances pour tenter de contacter d’autres historiens présents pendant la seconde guerre mondiale, prévoir au mieux les risques qu’ils encourent et s’organiser pour lancer des messages au XXIème siècle. Chaque jour qui passe les rapproche de l’échéance, mais surtout d’une autre échéance, celle beaucoup plus définitive que Poly s’est tant efforcé de cacher à ses acolytes. Elle est déjà venue étudier la seconde guerre et possède par conséquent une date limite. Le continuum espace-temps ne saurait tolérer la double présence de la jeune femme.

J'ai lu, 2015
J’ai lu,
2015

Dès lors Londres et ses bombardements quotidiens est une prison tout aussi efficace qu’une cellule. Et si Michael, dynamique et entreprenant semble intarissable d’idées et de ressources, si Merope reste forte et optimiste pour le groupe, Poly plus expérimentée et posée, elle, cogite sans cesse, échafaude des théories et s’approche dangereusement de la paranoïa.

Comme pour le premier opus la magie joue autant par l’empreinte historique du roman que par l’intrigue fantastique. L’abondance et l’opulence enchantent l’esprit exigeant du lecteur. La précision des procédés narratifs provoque autant de suspens que d’addictions. Ce second opus qui existe essentiellement pour des contingences éditoriales confirme que « Blitz » est une unité. Cette séparation des plus artificielles n’a, à mon avis, été choisie qu’une fois le livre achevé et engendre les deux chapitres les plus surprenants de l’ensemble du récit. En conclusion de « Black-out » puis en introduction de « All clear » deux très courts chapitres tombent de mon point de vue à contre-courant de l’histoire. Mais cette note dissonante n’engendre rien de conséquent, s’oublie si vite qu’elle n’égratigne même pas cette faramineuse et monolithique production.

Bragelonne, intégrale, 2015
Bragelonne,
intégrale,
2015

Ici chaque phase narrative se fond doucement dans la suivante ce qui n’empêche pourtant pas l’impatience, d’où ce parallèle si parlant avec l’immobilité carcérale. Cette frustration calculée est un ressort redoutable car si l’inertie de la guerre sclérose nos trois héros, l’action ne manque jamais. Inlassablement, ils se battent et se débattent. Et sous ses allures attentistes, le récit introduit discrètement tous les personnages que l’on avait à peine effleurés dans le premier livre. Un phénomène feutré, qui couve dans la majeure partie de ce recueil. Lorsqu’enfin on avance dans la lecture, lorsqu’enfin s’approche l’heure des conclusions, lorsque chaque fil, chaque intrigue ne mène plus qu’à son issue, un sentiment inattendu de satiété vient s’inviter à la fête. Avec méthode, technique et précision, mais surtout avec beaucoup de talent Willis nous a emmenés vivre les pérégrinations de cet incroyable trio, et bercés de ses colossales connaissances historiques. Le tout avec un « à propos » grisant.

 

Encore plus long que le précédent volume, qui pourtant est lui-même un très gros livre, « All clear » est le fruit du style de Connie Willis qui ne se contente pas de placer l’action dans un contexte, elle l’insère, mieux elle fusionne les deux. Chaque détail tenant autant du contexte que de l’histoire. Une opulence qui n’est jamais bavarde car si ces développements sont omniprésents, il ne s’agit jamais de digressions. Une minutie, une précision de l’exposé bonifie assurément sa narration. Je n’ai d’ailleurs pas encore parlé de l’écriture, ni dans mon laïus sur « Black-out« , ni dans celui-ci, car elle semble discrète, immergée au milieu de toutes ces circonstances. Non qu’elle soit fade ou sans relief, mais plutôt que la part belle est donnée à l’histoire, comme le font souvent les conteurs.


 

Si « All clear« , tout comme « Black-out » est parfois sombre, il joue sa partition loin du roman noir et encore plus des récits d’angoisse que le sujet aurait volontiers porté. Véritable épopée romanesque, de celle des héros du quotidien, qualifiable de Thriller fantastico-historique « Blitz » est une prodigieuse œuvre populaire, monumentale et prodigieusement accessible. Près de 1800 pages à portée de main de tout un chacun.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. J’ai le duo dans ma PAL depuis un bon moment. Tu me tentes beaucoup avec cette double chronique alléchante à souhait. Seul le volume a pour l’instant freiner mon ambition…
    ENfin merci pour cette piqure de rappel!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *